Chapitre 7 — La Nuit des loups
La pleine lune se lève sur Barovie et, avec elle, les créatures de la nuit se ruent sur la demeure du bourgmestre. Loups, morts-vivants et lycanthropes assaillent les défenses dans un combat désespéré. Lorsque le silence revient enfin, le groupe découvre qu’il vient de payer un prix terrible pour avoir survécu.
La maison du bourgmestre baignait dans la lumière vacillante du feu. La pluie avait cessé, mais dehors, le vent faisait gémir les volets renforcés. La table, dressée simplement, offrait un rare moment de chaleur et de calme au cœur de Barovie. Les aventuriers s’y étaient installés, leurs visages encore marqués par la fatigue des jours précédents.
Irina, les épaules couvertes d’un châle, servait la soupe avec douceur. À sa droite, Ismark observait la pièce d’un œil vigilant, la main toujours près de la garde de son épée. L’atmosphère semblait presque paisible… jusqu’à ce qu’il rompit le silence, sa voix grave résonnant sous les poutres.
— Nous sommes le quinzième jour de la lune corrompue, dit-il lentement. Ce soir… c’est la pleine lune.
Les mots tombèrent comme une pierre dans le silence. Kathia cessa de découper son pain, levant les yeux vers lui.
— Tu veux dire… que nous devons nous attendre à une attaque ?
Ismark hocha la tête.
— Oui. Les bêtes se déchaînent toujours cette nuit-là. Loups, goules, parfois pire. Si la lune se lève sur Barovie, elle les appelle. Et ils viennent. Toujours.
Un frisson parcourut l’assemblée, mais Yoolhyn brisa la tension d’un rire nerveux.
— Eh bien, au moins, on aura mangé avant de mourir, hein ?
Orgrimm grogna, arrachant une part de tourte et la brandissant comme un trophée.
— Par Moradin, si c’est mon dernier repas, alors j’compte bien le savourer !
Les tourtes de Mamie Morgane furent posées sur la table. L’odeur était à la fois appétissante et étrange, un mélange de sucre, d’épices et de quelque chose d’indéfinissable. Kathia fronça les sourcils, incertaine, mais Bélisar, Yoolhyn et Orgrimm ne se firent pas prier. Bientôt, le bruit des couverts et des rires étouffa les inquiétudes.
Seuls Thalion, Ismark et Irina ne touchèrent pas aux tourtes. L’elfe se contentait de fixer la sienne, la pointe de son couteau immobile sur la croûte dorée.
— Il y a quelque chose d’étrange dans cette odeur, murmura-t-il. Trop… douce.
Irina acquiesça lentement, baissant les yeux.
— Mamie Morgane a toujours quelque chose à vendre. Mais tout a un prix.
Orgrimm leva les yeux, la bouche pleine.
— Eh bien, si c’est le goût du péché, j’préfère ça à celui du ragoût d’Ismark !
Des rires fusèrent, même de la part de Kathia, qui finit par céder et goûter une bouchée. La tension s’allégea, le feu crépitait doucement, et pendant un instant, la maison sembla hors du temps.
Mais alors que les assiettes se vidaient et que Yoolhyn racontait une énième anecdote en gesticulant, un bruit lourd retentit. Un « coup », sec, contre une fenêtre. Tous se figèrent.
Un second coup, plus fort, fit trembler les planches clouées. Puis un troisième. Le vent s’éleva dehors, portant avec lui des grognements rauques, gutturaux.
Bélisar se leva aussitôt, la main sur son épée.
— Ça vient du côté est.
Orgrimm posa lentement sa tourte, son regard devenant dur.
— Alors ils viennent vraiment.
Les coups se multiplièrent. Un raclement de griffes sur le bois, un hurlement dans la nuit. Le vent n’était plus seul à gémir : des bêtes tournaient autour de la maison.
Kathia se leva, la main sur son symbole sacré.
— Par les flammes de Bereï… que la lumière nous protège.
Le fracas résonna de nouveau, plus fort, comme si quelque chose, ou plusieurs choses, martelaient la maison de toutes parts. La chaleur du feu s’était changée en tension glaciale. Les assiettes encore fumantes furent oubliées sur la table. En un instant, chacun bougea, mû par l’instinct et l’habitude du danger.
Orgrimm, le premier, se leva d’un bond, sa chaise basculant derrière lui.
— J’vais voir ce que c’est, grogna-t-il, déjà son marteau en main.
Sans attendre, il s’engouffra dans le grand salon, ses bottes martelant le parquet. La lumière des torches dansait sur les murs alors qu’il disparaissait dans l’obscurité du couloir, prêt à faire face.
De son côté, Ireena s’était précipitée vers le petit salon, suivie de Yoolhyn.
— Par ici ! cria-t-elle. Les fenêtres de l’ouest sont plus fragiles !
Le halfelin bondit derrière elle, sa cape battant contre ses jambes, deux armes déjà dégainées. Il se posta près de la cheminée, l’œil vif, scrutant les volets qui vibraient sous les assauts de l’extérieur.
— Si ça entre par-là, dit-il entre ses dents, je tranche ce qui passe avant même de demander son nom.
Pendant ce temps, Bélisar et Ismark s’étaient précipités vers la porte principale. Les coups y résonnaient avec une violence sourde, les gonds gémissant sous la pression.
— Elle ne tiendra pas longtemps ! lança Ismark, tentant de renforcer le verrou de fer.
Bélisar s’appuya de tout son poids contre le battant, l’épée à la main, son visage crispé.
— Alors on la fera tenir, répondit-il, le regard fixe. Tant qu’il le faudra.
Kathia et Thalion s’étaient positionnés à l’angle du couloir, point stratégique entre les trois accès. La prêtresse tenait son symbole sacré d’une main tremblante, l’autre prête à appeler la lumière divine.
— On doit couvrir Orgrimm et Bélisar, murmura-t-elle. Qu’ils ne soient pas seuls.
Thalion, arc bandé, resta accroupi à ses côtés.
— Je garde les lignes de vue, dit-il froidement. Que ce soit bête, homme ou pire… il n’arrivera pas jusqu’à toi.
La maison tout entière vibrait désormais sous les impacts. Le bois craquait, les murs semblaient gémir. Le feu dans la salle à manger vacilla, projetant des ombres mouvantes dans le couloir. Des griffes raclèrent le plancher du grand salon ; un hurlement bestial s’éleva, suivi d’un autre, plus proche.
Orgrimm leva son marteau, les muscles tendus, prêt à frapper. Dans le petit salon, Yoolhyn resserra sa prise sur ses dagues. À la porte, Bélisar et Ismark échangeaient un regard silencieux, conscient que l’instant critique approchait.
Et dans le couloir, Kathia ferma brièvement les yeux, murmurant une prière tandis que Thalion visait dans l’obscurité.
La maison du bourgmestre, jadis havre fragile, était devenue un champ de bataille.
Et dehors, dans la nuit barrovienne, les créatures hurlaient sous la lune corrompue.
Le vacarme était devenu assourdissant. Les coups contre les murs s’étaient changés en hurlements et en griffes déchirant le bois. Le premier panneau de la fenêtre vola en éclats, et un souffle fétide envahit la pièce. Des ombres bondirent à l’intérieur, massives, féroces. Les loups, le pelage ruisselant de pluie, les yeux brillants d’une lumière malsaine, se jetèrent sur les défenseurs.
Dans le petit salon, Yoolhyn et Irina avaient déjà fait face au pire : un loup-garou avait brisé la fenêtre et s’était rué sur eux, grondant, ses griffes luisant dans la lumière du feu. Ireena esquiva de justesse, le souffle court, tandis que le halfelin roulait sur le côté, son épée d’argent en main.
— Par les dieux… il est rapide ! cria-t-elle, son dos contre le mur.
— Pas assez ! répliqua Yoolhyn avec un rictus.
Le monstre bondit, et dans un éclair d’acier, la lame d’argent s’enfonça sous sa mâchoire. Un hurlement terrible secoua la pièce avant que la bête ne s’effondre, son corps se tordant avant de retomber, inerte. Le silence qui suivit fut brisé seulement par leurs respirations haletantes. Ireena, les mains tremblantes, observa le cadavre fumant.
— Tu… tu l’as eu.
— Ouais, mais j’parie qu’il a des frères, marmonna Yoolhyn en essuyant sa lame.
Dans le grand salon, Orgrimm reculait pas à pas sous la pression. Les loups et les lycanthropes s’étaient engouffrés par les brèches, hurlant, mordant, griffant tout ce qu’ils pouvaient atteindre. Le nain, son marteau maculé de sang, abattait chaque coup comme un tonnerre, chaque impact projetant des morceaux de chair et de bois brisé.
— Par Moradin, vous voulez ma peau ? Venez donc la chercher ! rugit-il.
Mais le flot ne cessait pas. Bientôt, il dut reculer dans le couloir, son dos heurtant la colonne près de la porte du salon. Le sol était déjà glissant du sang des bêtes.
À la porte principale, Bélisar et Ismark tenaient bon, épaules contre le bois tremblant, chaque assaut faisant vibrer les gonds.
— Ça craque ! cria Ismark.
— Tiens bon ! répondit Bélisar, serrant les dents. Tant que je respire, ils n’entreront pas !
Une griffe passa par une fissure dans le bois, manquant de peu son visage. Le guerrier recula d’un pas, puis se repositionna, hurlant un ordre à travers le couloir :
— Orgrimm ! Tiens-les encore un peu !
Au croisement des pièces, Kathia leva son symbole sacré, le cœur battant, la voix claire malgré le tumulte.
— Que Bereï vous protège et guide vos bras !
Une lueur dorée parcourut le couloir, enveloppant Orgrimm et Bélisar d’une lumière bénie. Le nain sentit une chaleur nouvelle courir dans ses veines, sa prise se raffermir sur le manche de son marteau.
— Ha ! Voilà qui est mieux ! cria-t-il, frappant de plus belle.
Thalion, quant à lui, s’était posté juste derrière la prêtresse. Ses flèches fusaient avec précision, se plantant dans les gorges et les yeux des loups qui tentaient de contourner Orgrimm. Chaque tir était calculé, froid, précis.
— Deux de moins, dit-il calmement en encochant une nouvelle flèche.
— Fais-en quatre, répondit Yoolhyn depuis le salon, haletant. On a encore de la visite !
Le manoir tremblait sous les assauts. Chaque coup porté contre les murs faisait vibrer le plancher, chaque hurlement dehors semblait plus proche, plus féroce. Le vacarme des griffes et des crocs se mêlait au tonnerre lointain, et l’air empestait la boue, la chair et la mort.
Dans le petit salon, Yoolhyn, haletant, couvert de sang et de poussière, se hissa jusqu’à la fenêtre pour jeter un regard dehors. Ce qu’il vit le glaça.
A l’extérieur, sous la lumière blafarde de la pleine lune, un gigantesque loup-géant se tenait immobile, observant la maison. Son pelage noir d’encre semblait absorber la lumière, et une large tache blanche couvrait son œil gauche. Il ne se jetait pas à l’assaut, non. Il « commandait ». À ses côtés, une silhouette se dessinait, droite, élégante, presque calme. Une main gantée reposait sur le flanc du monstre, comme pour le guider.
Yoolhyn sentit son souffle se bloquer. Il cligna des yeux et aperçut Irena, figée au milieu de la pièce, le regard perdu par la fenêtre. Ses lèvres s’étaient entrouvertes, et ses yeux brillaient d’un éclat étrange, presque douloureux.
— Ireena… ? appela-t-il doucement.
Elle ne répondit pas. Son regard ne quittait pas la silhouette à l’extérieur. Le temps semblait suspendu, la bataille s’effaçant autour d’elle.

Mais un hurlement rompit la transe. Les assauts redoublèrent soudainement, comme si le signal avait été donné. Des ombres bondirent par les ouvertures éventrées : des loups, des loups-garous, et, plus inquiétant encore, des silhouettes titubantes aux chairs pendantes.
— Par tous les dieux… des morts ! cria Kathia en reculant.
Les zombies s’enfonçaient dans la maison, rampant à travers les fenêtres, leurs doigts crochus s’agrippant aux murs comme des insectes.
Orgrimm tenait encore la ligne dans le couloir, son marteau s’abattant sur tout ce qui approchait.
— J’vais pas tenir éternellement ! beugla-t-il. Ils arrivent d’partout !
Au-dessus d’eux, des bruits de pas lourds résonnèrent sur le toit. Des tuiles se brisèrent, puis un craquement retentit : le plafond du palier céda sous le poids des loups et des lycanthropes qui se jetaient par les escaliers, les yeux fous, écumant de rage.
— Ils passent par le haut ! hurla Thalion, décochant flèche après flèche vers les ombres qui descendaient.
Dans le chaos, un cri déchira la clameur :
— KATHIA !
La prêtresse venait d’être frappée de plein fouet par un loup sanguinaire, projetée contre le mur. Un autre, un loup-garou, s’était jeté sur elle, ses griffes lacérant le sol à quelques centimètres de son visage. Elle tenta de lever son symbole sacré, mais la bête lui arracha la main d’un revers brutal.
Bélisar vit la scène depuis le couloir. Sans hésiter, il abandonna la porte où Ismark luttait seul.
— Tiens bon ! cria-t-il, avant de foncer vers Kathia.
Son épée fendit l’air, tranchant le flanc du loup qui hurla de douleur avant de reculer. Bélisar s’interposa, protégeant la prêtresse étendue au sol.
— Tiens bon, Kathia, je suis là !
Mais derrière lui, la porte principale céda dans un fracas apocalyptique.
Le verrou vola en éclats, les gonds arrachés du mur. Ismark fut projeté au sol tandis qu’une marée de bêtes s’engouffrait dans la maison : des loups, des zombies, des créatures hurlantes à demi humaines.
Ismark tenta de se relever, son épée tremblant dans sa main ensanglantée.
— Pour… Barovie ! hurla-t-il, avant d’être submergé par la horde.
Le couloir s’emplit de cris, de rugissements, du bruit du métal contre la chair.
Thalion décochait flèche après flèche. Yoolhyn bondit sur la table pour lancer un couteau dans la gorge d’un zombie. Kathia, à moitié consciente, murmura une prière alors que Bélisar repoussait deux assaillants d’un coup d’épée.
Orgrimm, couvert de sang et de sueur, rugit dans le vacarme :
— On recule vers l’escalier ! On ne les arrêtera pas ici !
Mais personne ne savait si c’était encore possible.
Dehors, sous la lune corrompue, le loup-géant à l’œil blanc observait toujours.
Et la silhouette à ses côtés esquissa un sourire à peine perceptible, un sourire qu’Ireena, seule, sembla comprendre.
Ismark tenait encore sa position, dos à la porte éventrée, son épée dégoulinant de sang et de pluie. Le souffle court, le regard fixe, il ne sentait plus la douleur dans ses bras ni les coupures sur sa peau. Autour de lui, la maison du bourgmestre n’était plus qu’un champ de ruines : le sol jonché de cadavres, les murs éclaboussés de sang, les cris étouffés par les hurlements des bêtes. Pourtant, il tenait bon. Il avait juré de défendre cette maison et surtout, sa sœur.
Les premiers loups avaient franchi le seuil, il les avait repoussés d’un revers rageur, brisant des mâchoires, fendant des crânes. Mais à chaque créature abattue, deux autres se jetaient sur lui. Son bouclier, fendu, pendait à son bras comme un fardeau. Il n’avait plus la force de le lever.
Derrière lui, il entendait encore les bruits du combat, les appels de Bélisar, les incantations de Kathia, les flèches sifflant de Thalion. Mais il savait, dans son cœur, que la ligne allait céder. Il le savait… et il ne reculerait pas.
Un rugissement, plus profond, plus monstrueux, fit vibrer les murs. Le loup-garou à la crinière grise, plus massif que les autres, s’avança dans l’encadrement de la porte. Ses yeux jaunes luisaient dans la pénombre, pleins d’une intelligence mauvaise. Du sang coulait de sa gueule. Il s’arrêta un instant, huma l’air, et fixa Ismark droit dans les yeux.
— Viens, alors… murmura Ismark entre ses dents serrées. Viens, maudit.
Il chargea. L’épée d’Ismark siffla dans l’air, transperçant la bête à l’épaule. Le hurlement du monstre résonna dans tout le manoir. Mais avant qu’il ne puisse dégager sa lame, la créature referma sa patte sur lui et le souleva du sol comme un pantin. Ismark tenta de se débattre, frappa encore, jusqu’à ce que le loup-garou le projette violemment contre le mur.
Le choc lui coupa le souffle. Il voulut se relever — trop lentement. Le monstre bondit, le clouant au sol, et, d’un seul mouvement, enfonça ses crocs dans sa gorge.
Un cri étouffé s’échappa de ses lèvres, vite remplacé par un gargouillis. Le sang jaillit en une gerbe écarlate, éclaboussant le sol et les murs. Ses doigts se crispèrent sur la fourrure du monstre, tentant vainement de le repousser. Puis ses bras retombèrent, inertes.
La créature leva la tête, la gueule maculée de rouge. Autour d’elle, les autres bêtes s’arrêtèrent un instant, comme pour écouter le dernier souffle d’Ismark. Ses yeux, encore ouverts, fixaient le plafond, où la lueur tremblante des torches dessinait des ombres qui semblaient danser au rythme de son dernier battement de cœur.
Dans le couloir, Irina sentit quelque chose se briser en elle. Elle tourna la tête, les yeux écarquillés, son souffle coupé.
— Ismark… ?
Le vent s’engouffra par la porte brisée, emportant avec lui la dernière chaleur du foyer. Et dans cette bourrasque glaciale, le corps d’Ismark s’affaissa doucement, son épée glissant de sa main pour choir au sol dans un tintement métallique.
Alors que le dernier cri d’Ismark s’éteignait dans la nuit, un changement étrange parcourut la horde. Les hurlements s’interrompirent, les griffes cessèrent de frapper le bois, et les lourds pas des bêtes se firent plus rares. Les loups-garous, jusque-là enragés, reculèrent lentement, grognant, comme si une force invisible leur retirait soudain tout élan. Par les fenêtres éventrées, on put voir leurs silhouettes se dissoudre dans la brume, disparaissant entre les ombres des ruelles. Dehors, le grand loup à la tache blanche avait disparu lui aussi, tout comme la silhouette sombre qui se tenait à ses côtés. Il ne restait plus que le silence, la pluie, et le souvenir du carnage. Le mal s’était retiré — non vaincu, mais repu.
Dans la maison du bourgmestre, un frère venait de mourir en héros, les yeux tournés vers la lumière qu’il n’avait pas pu atteindre.
Les derniers hurlements s’étaient tus, ne laissant plus dans la maison que les râles poisseux des morts-vivants. Les loups-garous s’étaient enfuis dans la brume, la silhouette sombre avait disparu, et seul demeurait le cliquetis humide des pas des zombies. Le groupe, épuisé, couvert de sang et de sueur, acheva le combat dans un mélange de rage et de désespoir. Orgrimm abattait son marteau avec la force du désespoir, Bélisar frappait jusqu’à ce que son épée ne tienne plus qu’à moitié dans sa main, et Thalion décochait ses dernières flèches sans même prendre le temps de viser.
Quand enfin le dernier zombie s’effondra dans un bruit de chair et d’os brisés, le silence retomba lourdement sur les survivants. L’odeur de mort et de cendre emplissait tout l’air. Kathia gisait au sol, inconsciente, ses doigts crispés sur son symbole sacré, la lumière de sa bénédiction éteinte depuis longtemps. Yoolhyn se traîna jusqu’à elle, vérifia son souffle, puis leva vers les autres un regard épuisé.
— Elle est vivante… mais à peine.
Alors, lentement, Ireena s’avança. Son pas était hésitant, brisé. Elle traversa le couloir dévasté, passa devant les cadavres sans un mot, et s’agenouilla près du corps d’Ismark. Son frère gisait là, la gorge ouverte, les yeux clos, la main toujours crispée sur son épée. La jeune femme posa une main tremblante sur son visage, puis s’effondra contre lui, les larmes coulant librement.
— Tu m’avais promis… murmura-t-elle d’une voix brisée. Tu m’avais promis de ne plus me laisser seule…
Le vent s’engouffra par la porte éventrée, faisant vaciller la flamme du dernier chandelier. Dans ce silence de mort, seuls les sanglots d’Ireena résonnaient encore, portés par la brume froide de Barovie.
Fin du chapitre 7