Chapitre 22 – Le dîner chez Lady Fiona Wachter
Invités à dîner chez Lady Fiona Wachter, les aventuriers découvrent une femme aussi courtoise que calculatrice. Derrière les sourires et les verres de vin, la conversation glisse rapidement vers Vargas et les secrets de son manoir. À Vallaki, même un simple repas peut devenir le début d’une alliance dangereuse.
Sur le lit reposaient encore la poupée à l’effigie d’Ireena et l’invitation de Lady Fiona Wachter. À travers la fenêtre, les dernières lueurs du jour disparaissaient derrière les toits de Vallaki.
S’ils voulaient honorer l’invitation, ils devaient partir sans tarder.
— Nous devons y aller, déclara finalement Bélisar. Nous avons rencontré le baron. Il serait imprudent de refuser d’entendre ce que son adversaire souhaite nous dire.
Kathia acquiesça.
— Fiona Wachter sait déjà beaucoup de choses sur nous. Peut-être même davantage que Vargas.
— C’est justement ce qui m’inquiète, répondit Naëlia.
Orgrimm, assis contre le mur, secoua lentement la tête.
— Je ne pourrai pas vous accompagner.
Les blessures reçues dans la fabrique de cercueils continuaient de le faire souffrir. Malgré les soins de Naëlia, son corps n’avait pas encore récupéré des morsures des vampires ni des efforts fournis dans les eaux glacées du lac Zarovich.
Yoolhyn n’était guère en meilleur état.
— Je vais rester avec lui, annonça le voleur. Ireena ne doit pas demeurer seule pendant que nous allons dîner chez une femme dont nous ignorons les intentions.
Bélisar regarda vers la chambre voisine.
Ireena dormait enfin. Après la mort d’Arabelle et les événements de cette interminable journée, elle avait besoin de repos.
Il aurait préféré rester près d’elle.
— Veillez sur elle, demanda-t-il.
— Elle ne quittera pas cette auberge sans que nous le sachions, lui promit Orgrimm.
Bélisar prit sa cape.
Kathia, Naëlia et lui quittèrent la chambre, descendirent l’escalier puis traversèrent la salle commune de l’Auberge de l’Eau Bleue.
Urwin leur adressa un regard interrogateur depuis son comptoir.
— Nous ne serons pas absents longtemps, lui assura Naëlia.
Le tavernier observa leurs vêtements soigneusement remis en ordre.
— Soyez prudents. Les invitations sont rarement gratuites à Vallaki.
La porte se referma derrière eux.
La nuit gagnait les rues.
Quelques lanternes suspendues aux façades repoussaient faiblement les ténèbres. Des patrouilles circulaient entre les maisons, surveillant les rares habitants encore dehors.
Les décorations du Festival du Soleil Ardent remuaient sous le vent. Des guirlandes humides pendaient au-dessus des rues et les petits soleils peints sur les devantures paraissaient presque gris dans l’obscurité.
Le nom du baron revenait sur chaque proclamation.
Celui de Fiona Wachter n’apparaissait nulle part.
La demeure des Wachter se dressait dans la partie nord de Vallaki, en retrait des rues les plus animées. Une haute clôture entourait la propriété et ses fenêtres étroites ne laissaient filtrer qu’une lumière tamisée.
Kathia leva les yeux vers la façade.
— Elle ne semble pas apprécier les décorations de Vargas.
Aucun ruban ne pendait aux fenêtres. Aucun soleil de bois ne décorait la porte. Rien ne rappelait les célébrations imposées à la ville.
Bélisar frappa.
La porte s’ouvrit presque aussitôt.
Une domestique se tenait devant eux.
Son visage maigre ne trahissait aucune émotion. Elle les observa un à un, puis s’inclina légèrement.
— Lady Wachter vous attend.
Elle s’écarta pour les laisser entrer.
Le vestibule était sombre et silencieux. Le parquet ciré grinçait sous leurs pas tandis que la femme les conduisait à travers la demeure.
Des portraits anciens recouvraient les murs. Des générations de Wachter y posaient avec une dignité austère, figées dans leurs vêtements de cérémonie. Leurs regards sévères semblaient suivre les visiteurs.
Les boiseries sculptées, les lourds chandeliers et les meubles vieillissants témoignaient d’une noblesse ancienne. Rien n’était véritablement délabré, mais tout paraissait appartenir à une époque révolue.
La maison ne possédait pas la gaieté artificielle du manoir Vallakovich.
Ici, personne n’était obligé de sourire.
La table avait été dressée avec soin. Plusieurs chandelles diffusaient une lumière chaude et des domestiques terminaient silencieusement les préparatifs. L’un d’eux ajustait les couverts tandis qu’un autre déposait une carafe de vin au centre de la table.
Lady Fiona Wachter les attendait. Elle se leva à leur entrée.
Sa robe sombre était élégante sans être ostentatoire. Elle se tenait très droite, parfaitement maîtresse d’elle-même. Son regard s’arrêta successivement sur Kathia, Naëlia et Bélisar.
— Bienvenue dans ma demeure.
Elle leur indiqua leurs places.
— J’apprécie les visiteurs qui savent survivre à Vallaki.
Bélisar inclina légèrement la tête.
— Nous vous remercions pour votre invitation.
— Je suis heureuse que vous ayez choisi de l’accepter.
À la limite de la lumière, presque entièrement dissimulé dans l’ombre d’un grand meuble, Ernst Larnak observait la scène.
Il ne s’était pas annoncé et aucun des domestiques ne semblait se soucier de sa présence. Son visage maigre demeurait immobile, mais son regard suivait chacun des gestes des aventuriers avec une attention méthodique.
Fiona avait préparé la disposition de la table avec soin. Bélisar fut placé près d’elle, tandis que Kathia et Naëlia prenaient place de l’autre côté.
Lorsque les trois invités furent assis, Ernst quitta silencieusement l’obscurité.
Il traversa la salle sans prononcer un mot et vint se positionner derrière le fauteuil de Lady Fiona. Debout dans son dos, les mains jointes devant lui, il se fondit de nouveau dans le décor.
Les domestiques apportèrent le premier plat. Le dîner commença.
Lady Wachter ne parla pas immédiatement du baron.
Elle interrogea d’abord ses invités sur leur voyage et sur les circonstances qui les avaient conduits jusqu’à Vallaki.
— Vous venez de loin, à ce que l’on raconte.
— De plus loin que vous ne pourriez l’imaginer, répondit Kathia.

Ernst se pencha pour la première fois vers Lady Fiona. Il lui murmura quelques mots à l’oreille, trop bas pour que les aventuriers puissent les comprendre.
Fiona l’écouta sans tourner la tête.
— La Barovie possède malheureusement cette faculté d’attirer des voyageurs sans leur indiquer comment repartir.
Elle porta sa coupe à ses lèvres.
— Comment êtes-vous arrivés dans cette vallée ?
Bélisar lui raconta brièvement leur passage à travers les brumes. Il évoqua le village de Barovie, les dangers rencontrés sur les routes et la mort de l’un de leurs compagnons au vieux moulin.
Ernst se rapprocha une deuxième fois.
Son murmure fut plus long que le précédent. Le regard de Fiona s’arrêta un instant sur Bélisar, mais son expression demeura parfaitement impassible.
— Vous avez donc déjà beaucoup perdu depuis votre arrivée, constata-t-elle.
— Et nous avons encore des personnes à protéger, répondit Bélisar.
— Qu’attendez-vous de Vallaki ? Un refuge ou seulement une étape ?
Bélisar réfléchit avant de répondre.
— Nous espérions y mettre une amie en sécurité.
Ernst se pencha alors pour la troisième fois vers Lady Fiona.
Il lui murmura quelques mots à l’oreille. Fiona ne tourna pas la tête vers lui, mais son regard passa lentement de Kathia à Naëlia, puis à Bélisar.
Lorsqu’Ernst se redressa, elle laissa s’écouler quelques secondes avant de reprendre la parole.
— Monsieur Larnak vient de me faire remarquer que votre compagnie était plus nombreuse lors de votre arrivée à Vallaki.
Elle posa délicatement sa coupe.
— Vous n’êtes pourtant que trois à ma table ce soir. Où se trouvent vos autres compagnons ?
Bélisar échangea un regard avec Naëlia.
— Yoolhyn et Orgrimm ont été durement éprouvés par les combats de la journée, répondit-il. Ils sont restés à l’Auberge de l’Eau Bleue pour se reposer.
— Et Ireena Kolyana ? demanda Fiona.
— Elle dort également à l’auberge, précisa Kathia. Nos compagnons sont restés auprès d’elle.
Le regard d’Ernst s’attarda un instant sur Kathia.
Il se pencha une dernière fois vers Fiona. Aucun mot ne sembla nécessaire cette fois. Un simple regard passa entre eux.
Ernst s’inclina légèrement, puis il quitta sa place derrière le fauteuil de Lady Wachter et traversa silencieusement la salle à manger.
La porte se referma derrière lui.
Bélisar suivit son départ des yeux.
— Une urgence ? demanda-t-il.
— Ernst possède plusieurs responsabilités, répondit calmement Fiona. Sa présence n’est pas indispensable à la poursuite de notre dîner.
Elle reprit sa coupe comme si ce départ n’avait aucune importance.
Pourtant, Bélisar ne put s’empêcher de songer qu’Ernst avait quitté la pièce immédiatement après avoir appris qu’Ireena, Yoolhyn et Orgrimm étaient seuls à l’auberge.
— Vous avez également eu l’honneur de rencontrer notre bourgmestre.
— Il nous a invités à déjeuner, répondit Kathia.
— Vargas Vallakovich apprécie beaucoup les invités lorsqu’il pense pouvoir les exhiber.
Bélisar observa leur hôtesse.
— Il nous a proposé de prendre la parole à ses côtés pendant le Festival du Soleil Ardent.
Fiona ne manifesta aucune surprise.
— Voilà qui est intéressant. Le baron ne perd donc pas de temps.
— Nous venions de détruire six vampires dans sa ville, expliqua Bélisar. Il souhaite utiliser cette victoire pour rassurer les habitants.
— Ou pour leur faire oublier que six vampires avaient réussi à s’installer sous son nez.
Un domestique retira les assiettes et apporta le plat suivant.
Fiona attendit qu’il se soit éloigné.
— Vallaki vous semble-t-elle aussi paisible que le prétend Vargas ?
Kathia pensa aux prisonniers de la place publique.
— Une ville dans laquelle on enferme les gens parce qu’ils ne sourient pas ne peut pas être qualifiée de paisible.
— Le baron affirme que la tristesse et la peur favorisent l’influence de Strahd, répondit Bélisar. Il pense protéger son peuple.
— Vargas croit sincèrement que le bonheur peut être imposé.
Fiona posa délicatement ses couverts.
— Il punit les visages trop sombres, enferme les mécontents et organise des fêtes pendant que la peur gagne les rues.
Son regard passa de l’un à l’autre.
— Peut-on réellement protéger un peuple en lui interdisant d’avoir peur ?
Naëlia ne répondit pas tout de suite.
— La peur peut sauver une vie. Elle avertit d’un danger.
— Exactement, approuva Fiona. Refuser de la voir ne fait pas disparaître la menace.
— Pourtant, vous vivez toujours dans la ville qu’il dirige, fit remarquer Bélisar.
— Parce que Vallaki est ma demeure. Ma famille y vit depuis bien avant la naissance de Vargas Vallakovich.
Elle ne se montra ni blessée ni irritée par sa remarque.
— S’opposer à une politique ne signifie pas souhaiter la destruction de la ville. Bien au contraire.
Elle reprit la conversation sans fournir davantage d’explications.
Le repas se poursuivit.
Fiona parla de Vallaki avec une lucidité très différente de l’enthousiasme forcé de Vargas. Elle ne niait pas les dangers qui menaçaient la ville et ne prétendait pas que les fêtes suffiraient à les repousser.
Elle choisissait cependant chaque mot avec une grande prudence.
— Le baron refuse de reconnaître la réalité, expliqua-t-elle. Admettre que Vallaki n’est pas en sécurité reviendrait à reconnaître l’échec de toute sa politique.
— Les vampires ont été détruits, rappela Bélisar.
— Cette fois.
Fiona posa les mains sur la table.
— Mais combien d’autres dangers se dissimulent encore derrière les portes closes de cette ville ?
Des voix retentirent soudain dans le couloir.
Elles se rapprochèrent, accompagnées de rires étouffés et de pas irréguliers.
La porte s’ouvrit. Nikolai et Karl Wachter apparurent dans l’encadrement.
Les deux frères avaient manifestement passé une partie de la soirée à boire. Leurs vêtements étaient légèrement froissés et Karl dut poser une main contre la porte pour conserver son équilibre.
Kathia les reconnut immédiatement.
— Tiens donc ! s’exclama Nikolai. Notre courageuse tueuse de vampires !
Kathia baissa lentement sa coupe.
— Bonsoir, Nikolai.
Karl afficha un large sourire.
— Je savais bien que nous la reverrions.
Lady Wachter observa ses fils. Son expression, jusque-là parfaitement maîtrisée, s’adoucit.
— Mes garçons, vous êtes rentrés.
— Nous venions simplement te souhaiter une bonne nuit, mère, expliqua Nikolai avec une dignité rendue fragile par le vin.
Karl contourna la table et embrassa Fiona sur la joue.
— Bonne nuit, mère.
Elle posa affectueusement une main contre son visage.
— Bonne nuit, Karl.
Nikolai l’imita, manquant de heurter l’un des chandeliers en se penchant.
Fiona le rattrapa doucement par le bras.
— Prudence.
Elle ne les réprimanda pas.
Aucune colère ne traversa son visage. Elle se contenta de remettre correctement le col de Nikolai puis de lisser une mèche de cheveux sur son front.
— Vous devriez aller vous reposer tous les deux.
— Excellente idée, approuva Karl.
Les deux frères saluèrent les invités.
Nikolai adressa un clin d’œil à Kathia avant de quitter la pièce avec son frère. Leurs pas résonnèrent dans l’escalier, suivis d’un nouveau rire. Fiona les écouta s’éloigner, puis elle se tourna vers ses invités.
— Veuillez excuser mes fils. Ils apprécient parfois le vin avec un enthousiasme supérieur à leur résistance.
Kathia retint un sourire.
— Ils ont été de bonne compagnie à l’auberge.
— Vous les aviez donc déjà rencontrés.
— Nous avons partagé quelques verres.
— Voilà qui explique leur familiarité.
Fiona reprit sa coupe, encore amusée par leur apparition.
Durant quelques instants, elle ne fut plus seulement la noble calculatrice opposée au baron. Elle apparut comme une mère sincèrement attachée à ses enfants.
Puis les domestiques apportèrent le dessert.
Son visage retrouva sa gravité.
De petites pâtisseries aux fruits furent déposées devant les invités. Un domestique remplit une dernière fois leurs verres avant de se retirer.
Fiona attendit que les portes soient refermées.
— Il est temps que je vous explique la véritable raison de cette invitation.
Bélisar reposa sa cuillère.
— Nous vous écoutons.
— Vallaki n’est pas seulement victime des erreurs politiques de Vargas. Des personnes disparaissent.
Kathia pensa immédiatement à Milivoj.
— Qui ?
— Udo Lukovich, pour commencer. Il s’est opposé publiquement au baron lors du dernier festival.
— Et depuis ? demanda Naëlia.
— Depuis, plus personne ne l’a revu.
Fiona marqua une pause.
— Il n’est pas le seul. Deux personnes au service des Vallakovich ont également disparu ces derniers jours : un majordome et la dame de compagnie de Lydia Petrovna.
— Vous pensez qu’ils sont retenus dans le manoir ? demanda Bélisar.
— Je pense qu’il est étrange de voir autant de personnes se volatiliser après avoir franchi les portes d’une même demeure.
— Ce n’est pas une preuve.
— Non.
Fiona soutint son regard.
— Et je n’ai pas l’intention de présenter une accusation que je serais incapable de démontrer.
Elle tendit la main vers un petit coffret posé sur un meuble voisin.
Elle en sortit une bourse de cuir et la déposa au centre de la table.
Le bruit des pièces résonna dans la pièce silencieuse.
— Cinquante pièces d’or.
Bélisar ne toucha pas à la bourse.
— Pour quoi faire exactement ?
— Pour couvrir les dépenses nécessaires à votre enquête. Je souhaite que vous découvriez ce que cachent les Vallakovich.
Kathia observa Fiona.
— Vous voulez que nous espionnions le baron.
— Je souhaite que vous recherchiez la vérité.
— La nuance est pratique, remarqua Naëlia.
Fiona accepta la critique sans réagir.
— Je ne vous demande pas de voler Vargas Vallakovich, ni de fabriquer de fausses accusations. Trois personnes ont disparu. Trouvez-les ou découvrez ce qui leur est arrivé.
Elle poussa doucement la bourse vers eux.
— Ces cinquante pièces constituent une avance. Cent autres vous seront remises lorsque vous pourrez me dire ce que cache le baron.
— Une récompense totale de cent cinquante pièces d’or, calcula Kathia.
— Exactement.
Fiona se pencha légèrement.
— Si vous trouvez quelque chose qui prouve les crimes de Vargas, rapportez-le-moi.
Bélisar regarda la bourse.
— Et que ferez-vous de ces preuves ?
— Je les présenterai à ceux qui ont encore le courage de regarder la vérité en face.
— Afin de prendre sa place ? demanda Naëlia.
Fiona resta silencieuse quelques secondes.
— Vallaki devra un jour être dirigée par quelqu’un qui ne confond pas l’autorité avec la brutalité.
— Ce n’est pas une réponse, fit remarquer Bélisar.
— C’est la seule que je puisse vous donner ce soir.
Kathia observa leur hôtesse.
Fiona ne leur avait jamais demandé directement de renverser le baron. Elle avait parlé de disparitions, de vérité et de justice. Pourtant, chacune de ses phrases semblait les conduire vers la même conclusion.
Vargas Vallakovich devait tomber.
— Pourquoi nous ? demanda Kathia.
— Parce que vous êtes étrangers aux anciennes querelles de cette ville. Vous avez vu le baron sans avoir été élevés dans la peur de son nom. Et parce que vous avez démontré, aujourd’hui, que vous étiez capables d’agir lorsque les autres se contentaient de détourner les yeux.
Naëlia regarda Bélisar.
— Nous ne travaillerons pas pour installer un nouveau tyran à la place de l’ancien.
— Je ne vous demande pas de me faire confiance, répondit Fiona. Seulement de réfléchir à ce que vous avez vu depuis votre arrivée.
Bélisar posa finalement la main sur la bourse.
— Nous chercherons les disparus et nous découvrirons ce qui s’est passé au manoir Vallakovich.
Le regard de Fiona ne quitta pas le sien.
— Cela me convient.
— Mais nous ne fabriquerons aucune preuve. Et nous ne condamnerons personne sans connaître toute la vérité.
— Je n’attends rien de moins.
Bélisar prit la bourse.
Les pièces d’or pesèrent lourdement dans sa main.
Le dîner prit fin peu après.
Fiona déposa délicatement sa serviette sur la table. Les domestiques réapparurent presque aussitôt et commencèrent à débarrasser les derniers plats.
Lady Wachter raccompagna ses invités jusqu’au vestibule.
— Vallaki changera, leur dit-elle. La seule question est de savoir quand.
— Merci pour votre hospitalité, répondit Kathia.
— Et merci d’avoir accepté de chercher la vérité.
Un domestique ouvrit la porte. L’air froid de la nuit pénétra dans la demeure.
Au moment où les aventuriers descendaient les marches de la demeure, la grille de la propriété s’ouvrit. Ernst Larnak venait de rentrer. Il remonta tranquillement l’allée, puis s’écarta pour les laisser passer, comme si son absence n’avait été qu’une course ordinaire. La porte se referma derrière eux avec douceur.
Ils restèrent un moment immobiles devant la propriété. La rue était déserte et aucune silhouette ne bougeait entre les maisons.
Naëlia regarda la bourse que Bélisar tenait encore.
— Nous venons d’accepter l’or de l’ennemie du baron.
— Nous avons accepté de rechercher trois personnes disparues, répondit-il.
— Fiona sait parfaitement que Vargas nous considère déjà comme ses alliés, ajouta Kathia. Si quelqu’un découvre cet accord, nous serons pris entre les deux.
Bélisar rangea la bourse sous sa cape.
— Alors personne ne doit le découvrir.
Ils reprirent la direction de l’Auberge de l’Eau Bleue.
En quittant la rue, Kathia jeta un dernier regard vers Wachterhaus. Derrière l’une des fenêtres de l’étage, une silhouette observait leur départ. Puis la flamme d’une chandelle s’éteignit.