Chapitre 19 – Une disparition inquiétante
Réunis à l’Auberge de l’Eau Bleue, les compagnons mettent enfin en commun tout ce qu’ils ont découvert depuis leur séparation. Mais la disparition d’Arabelle plonge les Vistani dans une inquiétude grandissante et fait monter les tensions dans toute la ville. Grâce à Brom et Bray, une première piste apparaît : la jeune fille a été vue pour la dernière fois au lac Zarovich.
Après avoir quitté le manoir Vallakovich, les aventuriers reprirent la direction de l’église Saint-Andral.
Ils souhaitaient retrouver Ireena, mais aussi s’assurer que Freek et Myrtle avaient bien été pris en charge. Après tout ce qu’ils avaient vécu, aucun d’eux ne voulait abandonner les enfants à un nouveau danger.
Lorsqu’ils franchirent les portes de l’église, la chaleur protectrice du sanctuaire les enveloppa de nouveau.
Ireena vint rapidement à leur rencontre. Elle semblait fatiguée, mais son visage était plus serein que lors de leur séparation.
— Vous êtes enfin revenus. Comment cela s’est-il passé avec le bourgmestre ?
— Nous sommes toujours libres, répondit Orgrimm. C’est déjà une bonne nouvelle.
Ireena regarda Bélisar comme pour s’assurer qu’il n’avait pas été blessé durant son absence.
— Et les enfants ? demanda Kathia.
— Ils vont bien, la rassura Ireena. Ils ont été installés à l’orphelinat. Ils ont eu peur lorsque vous êtes partis, mais ils sont maintenant à l’abri.
Freek et Myrtle avaient reçu de quoi manger, des vêtements propres et un endroit où dormir. Pour la première fois depuis leur enlèvement, ils n’avaient plus à craindre les habitantes du moulin.
Cette nouvelle soulagea le groupe.
Les ossements de saint Andral avaient retrouvé leur place. Les enfants étaient en sécurité et l’église était désormais protégée contre les créatures de la nuit. Au milieu de toutes les menaces qui pesaient encore sur eux, les aventuriers pouvaient enfin compter quelques victoires.
Ils ne s’attardèrent cependant pas.
Après avoir salué le père Lucian, ils décidèrent de retourner à l’auberge de l’Eau Bleue. Ils avaient besoin de repos, mais surtout de mettre en commun tout ce qu’ils avaient appris depuis leur séparation.
Ireena les accompagna.
Dans les rues de Vallaki, elle resta constamment auprès de Bélisar. Elle marchait si près de lui que leurs épaules se frôlaient parfois, comme si elle craignait qu’on puisse à nouveau les séparer.
Même lorsque le groupe dut contourner des gardes ou traverser une rue encombrée, elle refusa de s’éloigner de lui.
Bélisar ne lui posa aucune question.
Il se contenta d’adapter son pas au sien tandis qu’ensemble, ils prenaient le chemin de l’auberge.
Lorsqu’ils arrivèrent à l’auberge de l’Eau Bleue, l’agitation régnait toujours dans les rues voisines.
Les Vistani étaient partout. Certains interpellaient les passants, tandis que d’autres inspectaient les ruelles et les abords des maisons. À mesure que les heures passaient, leur inquiétude semblait se transformer en colère.
Les habitants de Vallaki les observaient avec méfiance. Plusieurs commerçants avaient fermé leur porte en les voyant approcher et les gardes surveillaient leurs déplacements depuis les carrefours.
Le groupe entra dans l’auberge sans s’attarder.
Urwin les accueillit d’un signe de tête depuis son comptoir. La salle commune était relativement calme et les aventuriers trouvèrent une table suffisamment éloignée des autres clients pour pouvoir discuter sans être entendus.
Ireena s’assit auprès de Bélisar.
Lorsque Danika leur apporta de quoi boire, les compagnons commencèrent à mettre en commun tout ce qui leur était arrivé depuis leur séparation.
Bélisar raconta son escorte jusqu’au manoir, l’entretien avec Vargas et le repas organisé en leur honneur. Yoolhyn évoqua la politique du bonheur du baron et leur engagement à participer au festival du Soleil ardent.
Orgrimm et Naëlia racontèrent à leur tour la restitution des ossements et la consécration de l’église. Kathia leur expliqua ce qu’elle avait appris à l’auberge pendant leur absence.
Ils parlèrent également de Victor, du silence du jeune homme et des étranges détonations qui avaient secoué le manoir.
Ireena écoutait attentivement, sans s’éloigner de Bélisar.
La porte de l’auberge s’ouvrit brusquement.
Un Vistani entra dans la salle.
Ses vêtements portaient les traces d’une longue marche et son visage était tendu par l’inquiétude. Il balaya rapidement la pièce du regard avant de se diriger vers le comptoir.
Urwin le vit approcher.
Son expression changea aussitôt.

Le tavernier abandonna ce qu’il était en train de faire et contourna rapidement le comptoir pour se placer sur son chemin.
— Non, déclara-t-il fermement. Je ne veux pas de toi ici.
Le Vistani s’arrêta.
— Je ne cherche pas les ennuis. Nous avons seulement besoin de savoir si quelqu’un…
— Tu n’es pas le bienvenu dans mon établissement, le coupa Urwin. Sors.
Plusieurs conversations cessèrent autour d’eux.
Le Vistani serra les poings.
— Une enfant a disparu.
— Dehors, répéta Urwin. Maintenant.
Les deux hommes se dévisagèrent durant quelques secondes. Finalement, le Vistani tourna les talons et quitta l’auberge.
Urwin resta immobile jusqu’à ce que la porte se referme.
Il regagna ensuite son comptoir sans fournir la moindre explication.
Yoolhyn avait suivi toute la scène avec attention.
— Je reviens, annonça-t-il en se levant.
Il sortit de l’auberge et aperçut le Vistani qui s’éloignait d’un pas rapide.
— Attendez !
L’homme se retourna avec méfiance.
Yoolhyn leva les mains pour montrer qu’il n’avait aucune intention hostile.
— J’ai entendu ce que vous avez dit à l’intérieur. Vous cherchez une enfant ?
Le Vistani hésita avant de répondre.
— Elle s’appelle Arabelle.
Son ton était dur, mais l’inquiétude qui marquait son visage ne laissait aucun doute.
— Elle vit au campement, au sud-ouest de la ville. Elle est partie hier et devait être rentrée avant la tombée de la nuit.
— Mais elle n’est jamais revenue.
— Non.
Le Vistani regarda autour de lui, comme s’il espérait soudain apercevoir l’enfant parmi les passants.
— Nous avons fouillé les environs du camp. Depuis ce matin, nous cherchons dans Vallaki. Personne ne veut nous parler. Les habitants ferment leurs portes et les gardes nous ordonnent de repartir.
— Savez-vous où elle comptait aller ?
— Non. Elle aime s’éloigner du camp et elle connaît quelques enfants de la ville. Mais elle ne disparaîtrait jamais toute une nuit sans prévenir son père.
Le Vistani recula déjà.
— Je dois continuer.
— Si nous apprenons quelque chose, comment pouvons-nous vous retrouver ?
— Au campement. Demandez Luvash.
Sans ajouter un mot, il reprit ses recherches.
Yoolhyn retourna dans l’auberge.
Ses compagnons levèrent les yeux lorsqu’il rejoignit la table.
— Les Vistani recherchent une enfant, leur annonça-t-il. Arabelle. Elle a disparu hier soir et n’est jamais rentrée au campement.
— Quel âge a-t-elle ? demanda Ireena.
— Je ne sais pas. Mais elle connaît certains enfants de Vallaki.
À ces mots, Kathia tourna la tête.
Brom et Bray, les deux fils d’Urwin et Danika, se trouvaient près de l’escalier. Ils avaient interrompu leur jeu et observaient les aventuriers.
Lorsque leurs regards croisèrent celui de Kathia, ils baissèrent aussitôt les yeux.
Elle se leva et les rejoignit.
— Vous connaissez Arabelle ?
Brom secoua vivement la tête.
— Non.
Bray ne répondit pas.
Kathia s’accroupit afin de se placer à leur hauteur.
— Vous n’avez rien à craindre. Elle a disparu et sa famille est très inquiète. Si vous savez quelque chose, vous devez nous le dire.
Les deux frères échangèrent un regard.
— Papa ne veut pas qu’on parle aux Vistani, murmura finalement Bray.
— Nous n’avons pas le droit de jouer avec eux, ajouta Brom.
— Mais vous avez joué avec Arabelle hier ?
Ils hésitèrent encore.
Puis Brom acquiesça.
— Il ne faut pas le dire à papa.
— Je vous promets de ne pas vous attirer d’ennuis. Où êtes-vous allés ?
Bray jeta un coup d’œil vers le comptoir pour s’assurer qu’Urwin ne les observait pas.
— Au lac.
— Quel lac ?
— Le lac Zarovich, répondit Brom. Nous sommes allés pêcher sur la rive.
— Arabelle était avec vous ?
— Oui. Mais nous sommes repartis avant la nuit. On devait rentrer avant que nos parents remarquent notre absence.
Kathia sentit son inquiétude grandir.
— Et Arabelle ?
— Elle voulait rester encore un peu, expliqua Bray. Elle disait que les poissons mordaient mieux quand le soleil disparaissait.
— Vous l’avez laissée seule ?
Les deux enfants baissèrent la tête.
— Elle connaissait le chemin, murmura Brom. Elle nous avait dit qu’elle rentrerait après.
Kathia se releva.
— Vous avez bien fait de me le dire.
Elle revint rapidement auprès de ses compagnons.
— Brom et Bray étaient avec Arabelle hier.
Yoolhyn se redressa.
— Où ?
— Au lac Zarovich. Ils sont partis pêcher ensemble en cachette. Les garçons sont revenus avant la tombée de la nuit, mais Arabelle a décidé de rester encore quelque temps au bord du lac.
Un silence inquiet s’installa autour de la table.
Pour la première fois, ils possédaient une piste.