Chapitre 9 — Le Vieux Moulin
Sur la route de Vallaki, un ancien moulin se dresse au sommet d’une colline, entouré de corbeaux étrangement agités. Les aventuriers y retrouvent Mamie Morgane et ses filles, mais également une jeune druide nommée Naëlia Vertefeuille. Une invitation à passer la nuit leur est proposée… et tout semble presque trop accueillant.
À mesure que le groupe approche du vieux moulin, le vent se lève légèrement et fait grincer les ailes de bois usées qui tournent lentement au-dessus de la colline.
Autour du bâtiment, plusieurs corbeaux noirs sont perchés sur les planches brisées, les poutres du toit et les branches des arbres morts voisins.
Lorsqu’ils aperçoivent les aventuriers, ils se mettent à croasser bruyamment, leurs cris rauques résonnant dans l’air froid :
« Kraa… KRAAA… Kraa ! »
Certains battent des ailes sans s’envoler, comme s’ils surveillaient l’approche du groupe, tandis que d’autres sautillent nerveusement le long du toit.
Le bruit est presque assourdissant, comme si ces oiseaux tentaient d’avertir quelqu’un à l’intérieur du moulin… ou peut-être d’empêcher les voyageurs d’approcher davantage.
Un des corbeaux fixe le groupe de ses yeux noirs brillants, incline la tête… puis pousse un cri particulièrement strident.
À quelques pas du moulin, légèrement à l’écart du sentier envahi d’herbes sèches, se dresse un petit cabanon de bois sombre.
Les planches sont vieilles, gonflées par l’humidité, et certaines sont fendues comme si elles avaient traversé de nombreuses saisons sans entretien. Le toit de bardeaux penche légèrement, menaçant presque de s’effondrer sous son propre poids.
La porte, épaisse et grossièrement taillée, est solidement maintenue fermée par une lourde chaîne de fer enroulée plusieurs fois autour de la poignée et d’un clou planté dans le chambranle.
Au centre pend un gros cadenas rouillé, mais encore robuste.
Le vent fait grincer doucement les maillons.
La porte du moulin s’ouvre brusquement dans un grincement sec de bois fatigué.
Une femme robuste en sort d’un pas lourd, serrant un grand balai de branchages entre ses mains calleuses. Son tablier est couvert de farine et de poussière, et un fichu beige retient ses cheveux sous le vent qui souffle autour du moulin.
Elle lève brusquement le balai vers le ciel et l’agite avec agacement.
— Arrêtez de croasser et filez, filez, oiseaux de malheur !
Elle fait un large geste au-dessus de sa tête.
Les corbeaux protestent dans un tumulte d’ailes et de cris avant que plusieurs ne s’envolent dans le ciel gris, tournoyant autour des ailes du moulin.
La femme renifle avec mépris.
— Sales bêtes… toujours à traîner ici…
Puis elle remarque enfin le groupe d’aventuriers qui approche du chemin.
Son regard s’attarde un instant sur chacun d’eux.
Ses yeux sont petits, méfiants, mais pas vraiment surpris — comme si elle avait déjà vu des étrangers passer par ici.
Elle appuie le manche du balai contre le sol et lance d’une voix grave :
— Eh bien… qu’est-ce que vous venez faire par ici ? On ne voit pas souvent des voyageurs ces temps-ci.
Alors que la conversation s’installe devant le moulin, la femme au balai — Bella — observe encore les aventuriers avec un mélange de curiosité et de prudence. Le vent fait doucement claquer son tablier couvert de farine.
Elle plante le manche du balai dans la terre et s’appuie dessus.
— On vit tranquillement ici… on fait un peu de farine, un peu de cuisine… rien qui n’intéresse vraiment les voyageurs.
Elle esquisse un sourire épais mais poli.
Au même moment, la porte du moulin grince de nouveau.
Une seconde femme apparaît dans l’encadrement. Plus maigre, plus voûtée, le visage marqué par les années et les rides profondes. Elle tient un panier rempli de grains qu’elle serre contre elle.
Elle descend lentement, observant les nouveaux venus avec un regard attentif et calculateur.
Bella tourne la tête vers elle.
— Ah… voilà ma sœur.
La vieille femme s’approche du groupe, son pas lent mais assuré.
— Ophélia, dit-elle d’une voix sèche mais calme en inclinant légèrement la tête.
Son regard passe sur chaque aventurier, comme si elle les pesait silencieusement.
— On n’a pas beaucoup de visites par ici… Les routes de Barovie ne sont pas très sûres pour les voyageurs.
Bella renchérit en hochant la tête.
— Mais vous avez l’air de braves gens…
Ophélia esquisse alors un petit sourire presque trop aimable.
— Peut-être cherchez-vous un peu de nourriture ? Ou un endroit pour vous reposer un moment ?
Bella hoche la tête en répondant aux questions du groupe, tandis qu’Ophélia serre toujours son panier contre elle.
— Nous vivons ici avec notre mère… explique Bella d’un ton presque fier. Elle est partie vendre quelques tourtes au village. Elle ne devrait plus tarder maintenant.
À peine a-t-elle terminé sa phrase qu’un léger tintement de cloche se fait entendre au loin.
Cling… cling… cling…

Le son vient de la route sinueuse derrière la colline.
Les corbeaux perchés autour du moulin se mettent à remuer, certains poussant de petits croassements.
Une vieille femme voûtée tire une petite charrette en bois, dont les roues grincent doucement sur la terre humide. Accrochée à la poignée, une petite cloche tinte à chaque pas.
Le groupe la reconnaît immédiatement.
C’est Mamie Morgane — la marchande qui leur a vendu ces délicieuses tourtes.
La vieille femme lève la tête lorsqu’elle aperçoit les aventuriers et esquisse un sourire édenté mais chaleureux.
— Eh bien ! Regardez-moi ça… des clients qui viennent jusqu’à mon moulin !
Mais elle n’est pas seule.
À ses côtés marche une jeune femme rousse, grande et élancée. Ses cheveux flamboyants tombent en longues mèches autour de son visage pâle. Ses traits fins et ses oreilles légèrement pointues trahissent clairement son origine elfique.
Elle pousse doucement la charrette avec Morgane et observe le groupe avec curiosité, ses yeux verts perçants se posant sur chacun des aventuriers.
Bella fait un geste vers elles.
— Voilà justement notre mère.
Ophélia, elle, esquisse un sourire discret.
Mamie Morgane s’arrête devant le groupe et s’appuie sur la poignée de la charrette.
— Alors mes chéris… vous venez reprendre des tourtes ?
La jeune elfe rousse incline légèrement la tête vers les aventuriers.
— Bonjour… dit-elle simplement, d’une voix douce, mais attentive.
Ses longs cheveux roux flamboyants tombent en cascade sur ses épaules, et ses yeux verts perçants observent calmement le groupe d’aventuriers.
Elle incline légèrement la tête en signe de respect.
— Je me nomme Naëlia Vertefeuille.
Sa voix est douce, presque musicale.
Bella et Ophélia échangent un regard rapide mais ne disent rien.
Naëlia continue :
— Je ne suis pas d’ici. Je viens de très loin.
Elle regarde un instant les collines sombres de Barovie, puis le moulin.
— Je suis arrivée dans cette région… totalement par hasard. Ou peut-être par la volonté de la nature elle-même.
Elle marque une pause avant d’ajouter :
— Dans un endroit aussi sombre que ces terres, la seule véritable chance pour les voyageurs… se trouve souvent dans les refuges de la nature.
Mamie Morgane ricane doucement derrière elle.
— Elle parle aux arbres celle-là… mais elle est bien utile pour trouver des herbes et des racines.
Naëlia esquisse un léger sourire.
Les corbeaux continuent de tourner au-dessus du moulin tandis que le vent fait craquer les ailes de bois.
Le contraste entre la présence lumineuse de l’elfe et l’atmosphère lourde du moulin est presque troublant.
Mamie Morgane essuie ses mains farineuses sur son vieux tablier, puis regarde le groupe avec un sourire ridé mais étonnamment chaleureux.
Elle tapote doucement la bâche qui recouvre sa petite charrette.
— Eh bien mes enfants… vous avez fait un sacré chemin pour arriver jusqu’ici.
Le vent se lève légèrement autour du moulin, faisant grincer les grandes ailes de bois au-dessus d’eux.
La vieille femme observe le ciel qui commence lentement à s’assombrir derrière les collines de Barovie.
— La nuit tombe vite dans ces terres… et les routes ne sont pas sûres quand l’obscurité arrive.
Elle se tourne vers Bella et Ophélia qui acquiescent silencieusement.
Puis elle se tourne de nouveau vers les aventuriers.
— Si ça vous dit… vous pourriez passer la soirée et la nuit ici au moulin. On ne va tout de même pas laisser des voyageurs dehors, à la merci des loups et des choses qui rôdent dans les bois.
Bella ajoute avec un sourire lourd :
— Et puis… on a toujours un peu de soupe et quelques tourtes à partager.
Ophélia hoche doucement la tête.
— Le moulin est vieux… mais il est solide.
À côté de la charrette, Naëlia Vertefeuille observe la scène avec un regard attentif. Elle jette un coup d’œil vers la forêt environnante, comme si elle écoutait quelque chose que les autres n’entendent pas.
Fin du chapitre 9