Chapitre 15 – Pendant ce temps la…
Pendant que ses compagnons affrontent les dangers cachés dans Vallaki, Kathia demeure à l’Auberge de l’Eau Bleue, où les rumeurs du combat commencent à se répandre. Sa rencontre avec Rictavio soulève de nouvelles questions sur les Vistani et les secrets de la ville. Puis les cloches de Saint-Andral retentissent au-dessus des toits… annonçant une victoire dont presque personne ne connaît la véritable importance.
Tandis que ses compagnons traversaient Vallaki avec Ireena et les enfants, puis se lançaient sur la piste des ossements disparus de Saint-Andral, Kathia était demeurée à l’Auberge de l’Eau Bleue. Éprouvée par les événements des jours précédents, elle avait choisi de consacrer cette matinée au repos, au recueillement et à la prière.
Ainsi, pendant que Bélisar, Orgrimm, Yoolhyn et Naëlia pénétraient dans la demeure silencieuse de Milivoj, suivaient les traces du meurtrier jusqu’à l’échoppe du fabricant de cercueils et affrontaient les créatures tapies dans son grenier, la vie poursuivait son cours derrière les murs chaleureux de l’auberge.
Mais à Vallaki, les murs n’arrêtaient jamais longtemps les rumeurs.
Avant même que les cloches n’annoncent la fin de la matinée, les premiers échos du combat avaient déjà commencé à se répandre dans les rues. Déformée par la peur, l’imagination et les récits contradictoires, la vérité cheminait inexorablement vers Kathia.
Voici ce qui se passa à l’Auberge de l’Eau Bleue, durant cette même matinée…
Kathia avait choisi de rester à l’Auberge de l’Eau Bleue pendant que ses compagnons vaquaient à leurs occupations dans Vallaki.
Le matin était frais, mais le ciel demeurait clair malgré les nuages qui s’attardaient au-dessus des toits. À travers les fenêtres, quelques rayons pâles traversaient la grande salle et faisaient danser les particules de poussière dans l’air. Depuis la rue parvenaient le martèlement régulier d’un forgeron, le grincement des roues d’une charrette et les appels des marchands installant leurs étals.
Après les épreuves des derniers jours, ce tumulte ordinaire possédait quelque chose de presque rassurant.
Kathia avait profité du départ de ses compagnons pour se recueillir. Elle avait prié Berei aussi longtemps que ses pensées le lui avaient permis, cherchant dans le silence de sa foi un peu de cette sérénité qui lui faisait défaut depuis leur arrivée en Barovie. Pourtant, même ici, à l’abri derrière les murs épais de l’auberge, elle ne parvenait pas à oublier complètement la présence du brouillard, les hurlements dans la nuit ou le visage de ceux qu’ils avaient perdus.
Lorsqu’elle redescendit dans la grande salle, l’auberge était déjà bien animée.
Danika Martikov circulait entre les tables, un torchon posé sur l’épaule, débarrassant les restes du petit déjeuner tout en surveillant ses deux fils. Brom et Bray avaient disposé plusieurs cuillères sur le plancher et prétendaient qu’elles représentaient les murailles de Vallaki. Deux navets figuraient les portes de la ville, tandis qu’une pomme ridée, dressée au milieu de leur construction, tenait le rôle du baron.
— Pourquoi le baron est-il une vieille pomme ? demanda Brom.
Bray considéra le fruit avec le plus grand sérieux.
— Parce qu’il est important.
Danika leur ordonna de rendre les légumes à la cuisine avant qu’elle ne les transforme eux-mêmes en ragoût. Les deux garçons protestèrent, mais s’exécutèrent en emportant leur étrange cité.
Près de la cheminée éteinte, deux hommes discutaient avec passion de la meilleure manière de réparer une semelle trouée. Le premier recommandait du cuir de chèvre, tandis que le second jurait que seul le cuir de loup pouvait résister aux pavés de Vallaki. À en juger par l’état de leurs propres bottes, aucun d’eux ne semblait pourtant posséder la moindre compétence en cordonnerie.
À quelques pas, une vieille femme examinait un panier de navets avec une expression profondément offensée.
— Trois pièces pour ça ! répétait-elle. Trois pièces ! Ils sont presque aussi mous que les joues de mon pauvre défunt mari !
Personne ne lui répondait, mais cela ne l’empêchait pas de poursuivre sa plainte, ajoutant régulièrement de nouveaux défauts à son époux disparu.
Derrière le comptoir, Urwin Martikov ouvrit une petite caisse et en sortit plusieurs bouteilles. Il les aligna devant lui, les compta une première fois, puis recommença avec une inquiétude grandissante.
— Encore six, murmura-t-il.
— Sept, corrigea Danika depuis l’autre côté de la salle.
Urwin leva une bouteille vide.
— Celle-là ne compte pas.
— Elle comptait encore hier soir.
Il grimaça, puis rangea les dernières bouteilles sous le comptoir.
Un marchand vêtu d’un manteau vert demanda une chope de vin pour accompagner ses œufs. Danika lui répondit qu’il devrait se contenter de bière légère.
— De la bière au petit déjeuner ? protesta l’homme. Je ne suis pas un animal !
— Dans ce cas, vous pouvez prendre de l’eau.
Le marchand accepta immédiatement la bière.
Ce fut lui qui interrogea Urwin sur le contenu presque vide de sa caisse. L’aubergiste hésita un instant avant de jeter un regard vers les rares bouteilles qu’il venait de mettre à l’abri.
— Nous n’avons toujours aucune nouvelle de la charrette. Les livraisons du domaine du Magicien des Vins ont cessé.
Cette simple déclaration suffit à attirer l’attention de plusieurs clients.
— La route est peut-être coupée, suggéra l’un d’eux.
— Par quoi ? demanda Urwin. Il n’a pas plu depuis plusieurs jours.
— Un arbre peut tomber même lorsqu’il ne pleut pas.
— Pas au milieu d’une route sans que personne ne le remarque.
Danika lança à son époux un regard discret. Urwin comprit qu’il valait mieux ne pas poursuivre cette discussion devant toute l’auberge. Il se détourna en feignant de ranger ses verres, mais Kathia avait remarqué la tension dans ses épaules.
L’absence de livraison semblait l’inquiéter bien davantage qu’il ne voulait l’admettre.
Le marchand au manteau vert, qui n’avait rien remarqué, but une longue gorgée de bière avant de raconter que son grand-père pouvait vider deux bouteilles entières sans tomber de sa chaise. Selon lui, cette résistance exceptionnelle s’était transmise à tous les hommes de sa famille. Personne ne sembla particulièrement impressionné.
La porte s’ouvrit brusquement, laissant entrer un courant d’air frais. Un homme coiffé d’un bonnet trop petit pénétra dans l’auberge. Il portait un tablier de cuisine couvert de farine et tenait un panier vide sous le bras.
— Bluto est-il passé ici ? demanda-t-il sans même prendre le temps de saluer.
Danika secoua la tête.
— Pas ce matin.
— Il devait m’apporter des poissons avant le lever du soleil. J’ai six clients qui attendent une soupe de truite !
— Faites-leur une soupe de pommes de terre, proposa Urwin.
— Ils ont commandé de la truite.
— Dites-leur que les pommes de terre sont des truites de terre.
L’homme au tablier ne parut pas apprécier la plaisanterie. Il expliqua que Bluto Krogarov apportait normalement sa pêche chaque matin, même lorsqu’elle ne contenait que deux poissons si petits qu’ils auraient pu être confondus avec des vers.
— Il aura encore bu sa livraison ! lança la vieille femme aux navets.
— On ne boit pas des poissons, répondit le cuisinier.
— Avec Bluto, rien ne m’étonnerait.
L’homme repartit en marmonnant qu’il allait devoir modifier tout son menu. Derrière lui, la porte se referma lourdement.
Kathia conserva son nom dans un coin de son esprit.
Bluto Krogarov.
Sa disparition n’avait peut-être rien d’alarmant. À en croire les commentaires des clients, l’homme avait la réputation de boire plus souvent qu’il ne pêchait. Pourtant, en Barovie, les absences les plus anodines dissimulaient parfois de bien sombres vérités.
Quelques instants plus tard, une jeune couturière entra avec un paquet de rubans jaunes. Elle le déposa sur le comptoir et demanda à Danika s’ils semblaient suffisamment éclatants pour le prochain festival.
— On m’avait demandé du jaune soleil, expliqua-t-elle, mais je trouve qu’ils ressemblent plutôt à du jaune moutarde. Vous pensez que le baron pourrait considérer cela comme une critique ?
Danika examina les rubans.
— Dites simplement que le soleil paraît différent selon les saisons.
— Et s’il me demande laquelle ?
— Courez.
La couturière demeura interdite, incapable de déterminer si l’aubergiste plaisantait. Elle reprit finalement son paquet et décida d’aller demander l’avis d’une personne plus rassurante.
Dans la rue, une charrette s’immobilisa brusquement devant l’auberge. L’une de ses roues venait de se détacher. Des pommes roulèrent sur les pavés dans toutes les directions, poursuivies par le marchand et par trois enfants ravis de pouvoir courir entre les passants.
L’un des fruits franchit le seuil de l’auberge et termina sa course sous la table de Kathia. Bray se précipita pour le récupérer, mais s’arrêta lorsqu’il constata qu’il avait été mordu.
— C’est un rat, affirma-t-il.
— Les rats ne mangent pas les pommes, répondit Brom.
— Bien sûr que si.
— Seulement les rats de campagne.
Les deux garçons repartirent aussitôt demander à leur mère si les rats de Vallaki étaient considérés comme des rats des villes ou des rats des champs.
La porte s’ouvrit de nouveau, cette fois sur deux gardes venus prendre leur petit déjeuner. Le premier commanda des œufs, tandis que le second demanda s’il restait du jambon.
— Il en reste, répondit Danika, mais pas suffisamment pour quelqu’un qui en a déjà mangé deux portions hier.
Les gardes s’installèrent non loin de Kathia. Ils parlaient assez fort pour qu’elle n’ait aucun effort à faire afin de suivre leur conversation.
— Les rondes ont encore été renforcées, se plaignit le premier. Il y a des Vistani dans toutes les rues. J’en ai croisé quatre près de la porte ouest avant l’aube.
— J’en ai vu deux près de la place, répondit son compagnon. Ils parlaient avec un garçon d’écurie.
— Et trois chariots sont arrivés hier soir.
— Deux chariots.
— Il y en avait trois.
— Le dernier transportait des tonneaux. Ce n’était peut-être pas un chariot vistani.
— Les tonneaux peuvent appartenir à des Vistani.
— Ce n’est pas parce qu’un tonneau est peint en rouge qu’il appartient à un Vistani.
Le premier garde réfléchit quelques secondes avant d’admettre que cet argument était recevable.
Kathia écouta la suite avec davantage d’attention. Les deux hommes ignoraient si les voyageurs cherchaient quelqu’un ou s’ils étaient simplement venus acheter des provisions. Leur présence semblait néanmoins inhabituelle, surtout en aussi grand nombre.
Un troisième homme se mêla à la discussion pour annoncer qu’un cheval avait été volé près de la porte sud. Le propriétaire de l’animal, assis au fond de la salle, se redressa aussitôt.
— Il n’a pas été volé ! Il s’est détaché !
— C’est ce que dirait un voleur de chevaux, répondit l’homme.
— C’est mon propre cheval !
— Justement. Personne ne soupçonnerait un homme de voler son propre cheval.
L’arrivée de Rictavio mit temporairement fin à la conversation.
Le demi-elfe descendit l’escalier, vêtu d’un manteau aux couleurs éclatantes qui paraissaient presque irréelles au milieu de la grisaille de Vallaki. Il salua toute la salle comme s’il venait d’entrer sous le chapiteau d’un cirque devant une foule immense.
— Mes amis ! Quel beau matin pour une représentation !
D’un geste habile, il fit apparaître une petite fleur derrière l’oreille de Bray. L’enfant poussa un cri de joie, tandis que Brom exigeait de savoir où elle avait été cachée.
Rictavio posa mystérieusement un doigt sur ses lèvres.
— Elle a poussé pendant la nuit, mon garçon. Tes pensées doivent être particulièrement fertiles.
Un homme assis près de la fenêtre lui demanda quand son carnaval arriverait enfin à Vallaki.
— Lorsque les routes seront sûres, répondit Rictavio.
Toute la salle éclata de rire.
Rictavio se joignit volontiers aux conversations, plaisantant avec les habitués et montrant aux enfants quelques tours simples. Pourtant, derrière ses sourires et ses gestes théâtraux, Kathia crut percevoir une vigilance constante. Son regard parcourait régulièrement la salle, s’attardant sur les nouveaux arrivants, les gardes et les fenêtres.
L’amusement se poursuivit encore quelque temps. Une lavandière entra pour vendre de petits sachets remplis de plantes parfumées. Elle affirmait qu’ils éloignaient les mites, les cauchemars et les voisins trop curieux. Elle prétendait également qu’en placer un sous son oreiller permettait de rêver de son futur époux.
La vieille femme aux navets en acheta deux.
Puis, vers le milieu de la matinée, la porte s’ouvrit avec fracas.
Un jeune garçon apparut sur le seuil, le visage rouge et le souffle court. Il semblait avoir couru depuis l’autre bout de Vallaki.
— Il paraît qu’ils ont tué des vampires ! annonça-t-il.
Le silence tomba brutalement dans l’auberge.
Même Brom et Bray cessèrent de jouer.
Kathia se redressa lentement.
— Qui ça ? demanda le marchand au manteau vert.
— Des aventuriers ! Dans l’échoppe du fabricant de cercueils !
Le cœur de Kathia se serra.
Le garçon expliqua que plusieurs vampires avaient été découverts chez Henrik van der Voort. Selon une première version, ils dormaient dans les cercueils. Selon une deuxième, ils étaient suspendus au plafond comme des chauves-souris. Selon une troisième, ils s’étaient déguisés en planches afin de surprendre les clients.
— Un vampire ne peut pas se déguiser en planche, déclara l’un des gardes.
— Comment pouvez-vous le savoir ? demanda le garçon.
Le garde entrouvrit la bouche, mais ne trouva rien à répondre.
Les conversations reprirent toutes à la fois.
Un homme affirma qu’au moins vingt vampires avaient été tués. Une femme assura qu’ils n’étaient que trois. Le marchand au manteau vert prétendit avoir entendu parler d’une douzaine de créatures et ajouta qu’une partie de l’échoppe avait été détruite pendant le combat.
Certains disaient qu’un monstre avait traversé une fenêtre en hurlant. D’autres racontaient qu’une créature immense, semblable à un ours, avait ravagé le grenier. Un client jura même avoir entendu que l’un des aventuriers avait été emporté par les gardes.
À mesure que les récits se contredisaient, l’inquiétude de Kathia grandissait.
Elle connaissait suffisamment ses compagnons pour reconnaître, derrière les exagérations, quelques fragments de vérité. L’ours ne pouvait être que Naëlia. Quant à l’aventurier arrêté par les gardes, elle redoutait déjà de savoir de qui il s’agissait.
— Ma sœur habite dans la rue voisine, intervint la couturière. Elle dit qu’elle a entendu des cris.
— Ta sœur entend des cris toutes les nuits, répliqua la vieille femme. C’est son mari qui chante.
Urwin demanda au garçon s’il avait personnellement vu les vampires.
— Non, mais le fils du boulanger les a vus.
— Il les a vus ?
— Non… mais il connaît quelqu’un qui était devant la boutique.
— Et cette personne les a vus ?
— Je ne sais pas. Elle a vu les cercueils.
Certains clients prétendaient que les vampires avaient été envoyés par Strahd. D’autres accusaient Henrik de les élever afin de vendre leurs dents. Un homme affirma que les crocs réduits en poudre pouvaient guérir les douleurs de dos.
Danika lui interdit immédiatement de répandre de telles absurdités dans son auberge.
Kathia, elle, n’écoutait déjà plus les versions les plus extravagantes. Son regard s’était tourné vers les fenêtres, en direction des rues de Vallaki.
Au-dehors, la ville continuait de vivre comme si rien ne s’était produit. Des artisans ouvraient leurs boutiques, les gardes reprenaient leurs rondes et les habitants poursuivaient les préparatifs du festival. Pourtant, sous cette agitation ordinaire, quelque chose avait changé.
La peur venait de trouver un nouveau visage.
L’effervescence commença lentement à retomber. Les artisans repartirent travailler et le marchand au manteau vert quitta l’auberge en affirmant qu’il connaissait quelqu’un capable de déterminer si une dent appartenait réellement à un vampire.
Si ses compagnons avaient réellement affronté des vampires, elle ne pouvait rester davantage à l’auberge en espérant leur retour.
Elle se leva, rassembla ses affaires et ajusta son équipement. Autour d’elle, les conversations avaient déjà repris, mais la rumeur du combat demeurait suspendue dans l’air. Chaque ouverture de la porte attirait désormais quelques regards inquiets.
Kathia venait d’atteindre le seuil lorsqu’une voix basse s’éleva derrière elle.
— Un instant, je vous prie.
Elle se retourna.

Rictavio s’était levé de sa table. Il s’approcha sans empressement, le sourire toujours aux lèvres, comme s’il venait simplement lui adresser une dernière plaisanterie. Pourtant, lorsqu’il arriva à sa hauteur, son expression changea subtilement. Sa voix se fit assez discrète pour ne pas dépasser le seuil de la porte.
— Si vous comptez quitter Vallaki, soyez prudente.
Kathia fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi me dites-vous cela ?
Le regard du demi-elfe glissa brièvement vers la salle avant de revenir sur elle.
— Plusieurs Vistani ont établi leur campement à l’extérieur des remparts. Ils sont installés non loin de la ville et semblent particulièrement agités depuis quelque temps.
Son ton ne laissait guère de place à la plaisanterie.
— Méfiez-vous d’eux, ajouta-t-il. Et ne leur révélez rien qu’ils pourraient retourner contre vous.
Kathia l’observa attentivement. Depuis le début de la matinée, Rictavio s’était montré souriant, exubérant et insouciant. L’homme qui se tenait à présent devant elle paraissait bien différent. Derrière les vêtements colorés et les manières de saltimbanque se dissimulait une gravité qu’elle n’avait encore jamais perçue aussi clairement.
— Savez-vous ce qu’ils cherchent ? demanda-t-elle.
Le sourire de Rictavio reparut, mais il n’atteignit pas ses yeux.
— Pas encore.
Il s’écarta du passage et inclina légèrement la tête.
— Considérez cela comme le conseil amical d’un homme qui a beaucoup voyagé.
Avant que Kathia puisse l’interroger davantage, il se détourna. Il traversa la salle en adressant un signe joyeux à Brom et Bray, retrouvant en quelques pas l’allure théâtrale du directeur de carnaval.
Puis il gravit l’escalier et disparut à l’étage, en direction de sa chambre.
Kathia resta un court instant immobile, la main posée sur la poignée de la porte.
La mise en garde de Rictavio venait s’ajouter aux paroles des gardes. Les Vistani ne se contentaient donc pas de traverser Vallaki : ils avaient établi un campement à proximité des remparts. Mais pour quelle raison le demi-elfe les surveillait-il avec une telle attention ? Et pourquoi avait-il choisi de l’avertir, elle ?
Une nouvelle énigme venait de s’ajouter à toutes celles qui entouraient la ville.
Kathia ouvrit finalement la porte. L’air frais de Vallaki lui effleura le visage tandis que les bruits de la rue envahissaient l’auberge.
Sans jeter un regard vers l’escalier, elle prit la direction de l’église Saint-Andral.
Les cloches de Vallaki retentirent alors au-dessus des toits, claires et solennelles.
Les habitants n’y entendirent que l’annonce familière de la fin de la matinée.
Pourtant, elles célébraient un événement bien plus précieux : les ossements de saint Andral avaient retrouvé leur place.
L’église était de nouveau protégée, mais nul, dans les rues, ne connaissait encore la véritable raison de cette sonnerie.
Seuls Orgrimm et Naëlia savaient que, pour une fois, ces cloches annonçaient une victoire sur les ténèbres.