Chapitre 23 – Le lendemain des complots
Après une nuit enfin réparatrice, le groupe se retrouve autour d’un petit déjeuner à l’Auberge de l’Eau Bleue. Mais une mystérieuse lettre, l’étrange réaction d’Izek face à Ireena et les préparatifs du festival viennent rapidement troubler le calme du matin. Plusieurs pistes s’ouvrent, et les aventuriers doivent une nouvelle fois se séparer.
Lorsqu’ils regagnèrent enfin l’Auberge de l’Eau Bleue, la nuit était déjà bien avancée. La salle commune s’était presque entièrement vidée et seules quelques chandelles continuaient de brûler sur les tables. Les dernières braises de l’âtre diffusaient encore une chaleur agréable, contrastant avec l’humidité froide qui s’était installée dans les rues de Vallaki.
Urwin se trouvait toujours derrière son comptoir lorsqu’il les vit entrer. Il releva la tête et les observa un instant, comme s’il cherchait à deviner ce qui avait pu se passer derrière les murs de Wachterhaus.
— Vous voilà revenus.
— Entiers, précisa Kathia.
— Tout s’est bien passé ?
Bélisar détacha sa cape et jeta un regard vers l’extérieur.
— Nous en parlerons demain.
Urwin n’insista pas. Les trois aventuriers quittèrent la salle puis gagnèrent l’étage, impatients de retrouver les autres et surtout de mettre enfin un terme à cette journée qui leur avait semblé interminable.
À peine arrivés sur le palier, Naëlia ralentit pourtant le pas. Son regard venait de se poser sur la porte qui séparait les chambres occupées par le groupe du reste de l’étage. Celle-ci était entrouverte.
Elle resta quelques instants à l’observer avant de tendre le bras pour arrêter Bélisar.
— Attendez.
Bélisar porta aussitôt une main à son arme.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Naëlia désigna la porte.
— Je l’avais fermée avant de partir.
Kathia s’approcha à son tour.
— Orgrimm ou Yoolhyn l’ont peut-être ouverte.
Naëlia secoua lentement la tête.
— Non. Je l’avais fermée à clé.
Le ton qu’elle employa suffit à faire disparaître le peu de légèreté qui accompagnait encore leur retour. Bélisar poussa doucement la porte et ils pénétrèrent avec précaution dans la partie de l’étage qu’ils occupaient.
Orgrimm était assis non loin des chambres, son arme à portée de main. En les voyant revenir, il releva la tête sans paraître particulièrement inquiet.
— Vous êtes déjà revenus ?
Bélisar jeta un regard derrière lui vers la porte.
— Tu l’as ouverte ?
Le nain fronça les sourcils.
— Quelle porte ?
— Celle du palier.
— Non.
Naëlia entra à son tour.
— Elle était ouverte quand nous sommes arrivés. Je suis certaine de l’avoir verrouillée avant de partir.
Orgrimm se redressa légèrement, comprenant enfin ce qui les préoccupait.
— J’y ai pas touché.
— Tu n’as entendu personne monter ? demanda Kathia.
— Rien du tout.
Il désigna les chambres d’un mouvement de tête.
— Yoolhyn dort depuis un moment. Ireena aussi. Je suis resté ici presque toute la soirée et personne n’est passé devant moi.
Ils vérifièrent malgré tout les pièces. Ireena dormait profondément et Yoolhyn ne semblait pas davantage avoir été dérangé. Rien n’avait manifestement été déplacé dans les chambres et aucune fenêtre n’était restée ouverte.
Pourtant, Naëlia ne démordait pas : la porte avait été fermée à clé lorsqu’ils avaient quitté l’auberge.
Cette certitude suffit à inquiéter Bélisar. Il repensa malgré lui à Ernst Larnak, qui avait quitté la table de Fiona peu après avoir appris qu’Ireena, Yoolhyn et Orgrimm étaient restés seuls à l’auberge. Plus troublant encore, lorsqu’ils avaient quitté Wachterhaus, ils l’avaient croisé alors qu’il revenait justement vers la demeure.
Impossible de savoir s’il existait un lien entre les deux événements, mais Bélisar n’avait aucune intention de prendre le risque de l’ignorer.
— Cette nuit, on monte la garde.
Orgrimm acquiesça aussitôt.
— Ça me va.
Ils verrouillèrent de nouveau la porte et Naëlia vérifia elle-même la serrure à plusieurs reprises avant de rejoindre les autres. Les tours de garde furent organisés simplement, chacun prenant le relais du précédent afin que personne ne reste éveillé trop longtemps. Malgré leur inquiétude, aucune présence ne se manifesta dans le couloir et aucun bruit inhabituel ne vint troubler leur repos.
La nuit s’écoula finalement dans un calme presque surprenant.
Au matin, une lumière grise filtrait à travers les fenêtres de l’auberge lorsque les premiers commencèrent à se réveiller. Après les combats, les blessures et les longues heures passées à parcourir Vallaki, cette nuit de repos leur avait fait un bien qu’ils n’avaient pas ressenti depuis longtemps.
Orgrimm fut l’un des premiers à se redresser. Il fit lentement rouler ses épaules, comme s’il cherchait les douleurs qui l’accompagnaient encore la veille.
— Ça faisait longtemps.
Kathia, encore assise sur son lit, leva les yeux vers lui.
— Longtemps quoi ?
— Que je ne me réveillais pas avec l’impression d’avoir été piétiné par un cheval.
Yoolhyn ouvrit les yeux à son tour.
— Moi, je pourrais encore dormir.
— Alors c’est que tout va bien, répondit Bélisar.
Naëlia ne put retenir un sourire.
Même Ireena paraissait avoir retrouvé des forces. Les traits tirés qui marquaient son visage depuis plusieurs jours s’étaient légèrement adoucis et, autour d’elle, les autres ressentaient la même chose. Cette nuit n’avait pas seulement permis à leurs corps de récupérer. Quelque chose semblait également avoir changé dans leur manière d’aborder les dangers qui les entouraient.
Les épreuves des derniers jours les avaient éprouvés, mais elles leur avaient aussi appris à mieux mesurer leurs propres capacités. Vallaki leur avait déjà opposé des vampires, des complots, des disparitions et une ville entière rongée par la peur. Pourtant, malgré les blessures et les pertes, ils étaient toujours capables de se relever et de continuer.
Ce matin-là, ils ne se sentaient pas invincibles. Aucun d’entre eux n’aurait été assez naïf pour le croire en Barovie.
Mais ils se sentaient plus forts, et surtout, beaucoup moins seuls face à ce qui les attendait.
Alors que les autres achevaient de se préparer pour descendre prendre leur petit déjeuner, Naëlia remarqua quelque chose près de la porte donnant sur le couloir. Une enveloppe avait été glissée sous le battant pendant la nuit. Elle était restée là, presque dissimulée contre le mur, suffisamment en retrait pour que personne ne l’ait remarquée au réveil.
Naëlia se baissa et la ramassa. Aucun nom n’était inscrit sur l’enveloppe, mais le papier était propre, soigneusement plié, et sa présence à cet endroit lui déplut immédiatement. Après ce qu’ils avaient découvert la veille au soir avec la porte restée ouverte, elle ne pouvait s’empêcher d’y voir une nouvelle intrusion dans l’espace qu’ils pensaient pourtant avoir sécurisé.
Elle jeta un regard vers les autres. Bélisar et Kathia terminaient de rassembler leurs affaires, Yoolhyn s’étirait encore difficilement après sa nuit de sommeil et Ireena achevait de se préparer. Personne ne semblait avoir remarqué ce qu’elle venait de ramasser.
Naëlia ouvrit discrètement l’enveloppe.
À mesure qu’elle parcourait les quelques lignes qui y étaient inscrites, son expression se ferma. Le message ne contenait ni menace ni véritable ordre. Il s’agissait plutôt d’une information transmise au moment opportun, suffisamment précise pour ne laisser aucun doute sur son origine.
Lady Fiona Wachter les informait que, dans la matinée, le baron Vargas Vallakovich quitterait sa demeure en compagnie de son épouse Lydia, d’Izek Strazni et de plusieurs gardes. À l’approche du Festival du Soleil Ardent, le bourgmestre comptait parcourir les rues afin de vérifier les derniers préparatifs, inspecter les décorations et surtout se montrer auprès de la population.
À partir de dix heures, le manoir serait donc presque vide.
Seuls deux domestiques devaient y demeurer, ainsi que Victor Vallakovich.
Le message se terminait par une remarque simple : si des preuves concernant les disparitions se trouvaient encore dans le manoir, il serait difficile d’espérer une meilleure occasion de les chercher.
Naëlia replia lentement la lettre et la glissa de nouveau dans l’enveloppe.
Elle resta quelques secondes immobile, partagée entre la valeur évidente de l’information et la méfiance que lui inspirait la facilité avec laquelle Fiona semblait pouvoir les guider là où elle le souhaitait. Puis elle attendit qu’Orgrimm se retrouve un instant à l’écart des autres pour l’interpeller.
— Orgrimm.
Le nain se retourna.
— Quoi ?
Naëlia lui tendit silencieusement l’enveloppe.
Il parcourut le message, puis releva les yeux vers elle.
— Où tu as trouvé ça ?
— Sous la porte.
Orgrimm regarda aussitôt en direction du couloir.
— Ce matin ?
— Oui.
Cette réponse sembla l’inquiéter davantage que le contenu même de la lettre. Quelqu’un avait donc réussi à atteindre leur étage pendant la nuit ou très tôt le matin, malgré les tours de garde qu’ils avaient organisés.
— Les autres sont au courant ?
Naëlia secoua la tête.
— Non.
— Pourquoi me le montrer à moi ?
Elle baissa légèrement la voix.
— Parce que je ne sais pas encore ce qu’il faut penser de Fiona Wachter. Et parce que je ne veux pas que cette lettre décide à notre place de ce que nous allons faire.
Orgrimm relut rapidement les quelques lignes.
— Elle nous donne quand même une sacrée occasion.
— Justement.
Naëlia reprit l’enveloppe.
— Pour l’instant, ça reste entre nous.
Le nain l’observa quelques secondes avant d’acquiescer.
— D’accord.
Naëlia glissa la lettre parmi ses affaires au moment où Bélisar apparut dans l’encadrement de la porte.
— Vous venez ? J’ai faim.
Orgrimm se détourna immédiatement.
— Pour une fois que tu dis quelque chose d’intelligent.
Bélisar leva les yeux au ciel avant de commencer à descendre l’escalier, bientôt suivi de Kathia, Yoolhyn et Ireena. Naëlia les rejoignit quelques instants plus tard, Orgrimm fermant la marche derrière elle.

Lorsqu’ils entrèrent dans la salle commune de l’Auberge de l’Eau Bleue, l’atmosphère n’avait plus rien à voir avec celle de la veille au soir. Les volets avaient été ouverts et une lumière grise pénétrait à travers les fenêtres, tandis que l’odeur du pain chaud et du petit déjeuner emplissait la pièce. Quelques habitants de Vallaki occupaient déjà les tables et parlaient à voix basse avant de commencer leur journée.
Derrière son comptoir, Urwin Martikov préparait plusieurs assiettes pendant que Danika circulait entre les tables. Elle aperçut les aventuriers dans l’escalier et leur adressa un sourire.
— Ah ! Les survivants sont réveillés.
Kathia sourit à son tour.
— Nous avons même réussi à dormir.
— Profitez-en, répondit Danika. À Vallaki, ça ne dure jamais très longtemps.
Ils s’installèrent ensemble pour prendre leur petit déjeuner.
Au milieu des conversations et du bruit des couverts, Naëlia échangea brièvement un regard avec Orgrimm.
Lui seul savait qu’elle avait sur elle une lettre annonçant qu’à partir de dix heures, le manoir du baron serait presque vide.
Le groupe s’installa dans la salle commune de l’Auberge de l’Eau Bleue pendant que Danika apportait de quoi manger.
L’atmosphère était plus animée que la veille au soir. Quelques habitués occupaient déjà les tables et plusieurs conversations se mêlaient au bruit de la vaisselle.
Bélisar et Ireena restèrent avec les autres autour de la table, profitant enfin d’un moment relativement calme. La fatigue de la veille semblait avoir reculé et, pour une fois, personne ne paraissait pressé de quitter son siège.
Naëlia, elle, mangea rapidement.
Depuis la conversation de la veille, une chose continuait de l’intriguer. Yoolhyn leur avait parlé de la roulotte de Rictavio, aperçue près du parc à bestiaux, et surtout des bruits qu’il avait entendus à l’intérieur. Quelque chose de vivant semblait y être enfermé, suffisamment imposant ou agité pour faire bouger la roulotte.
Plus elle y pensait, moins elle avait envie de laisser cette question sans réponse.
Elle termina son repas, se leva et ajusta son équipement.
— Tu vas où ? demanda Bélisar.
— Faire un tour en ville.
Kathia leva les yeux vers elle.
— Déjà ?
— J’ai quelque chose à vérifier.
Elle ne donna pas davantage de précisions. Quelques instants plus tard, elle quittait l’auberge et disparaissait dans les rues de Vallaki.
Orgrimm n’avait pas encore commencé son petit déjeuner lorsqu’Urwin passa près de leur table et posa brièvement une main sur son épaule.
— Quand tu auras une minute, j’aimerais te parler.
Le ton était calme, mais suffisamment sérieux pour que le nain comprenne qu’il ne s’agissait pas d’une simple conversation. Quelques instants plus tard, il se leva et rejoignit le tavernier un peu à l’écart de la salle commune, près du comptoir.
Urwin attendit que Danika se soit éloignée avant de reprendre.
— J’ai réfléchi à ce que je t’ai dit hier concernant le Domaine du Magicien des Vins.
Orgrimm acquiesça.
— Tu as eu des nouvelles ?
— Pas encore. Mais je n’ai pas l’intention d’attendre sans rien faire.
Le tavernier jeta un regard discret vers la salle avant de baisser la voix.
— J’ai envoyé plusieurs des nôtres en éclaireurs.
Orgrimm fronça légèrement les sourcils.
— Des Gardiens de la Plume ?
— Oui. Ils ont quitté Vallaki sous forme de corbeaux. Leur mission est simple : rejoindre les environs du domaine, observer ce qui s’y passe et revenir sans prendre de risques inutiles.
Urwin parlait avec prudence, mais son inquiétude était difficile à dissimuler.
— Avec un peu de chance, j’aurai un premier retour cette nuit. Demain matin au plus tard.
Orgrimm croisa les bras.
— Et s’ils ne reviennent pas ?
Urwin resta silencieux un instant.
— Alors ce sera déjà une réponse.
Cette fois, le nain ne trouva rien à ajouter.
Le tavernier posa ses mains sur le comptoir.
— Je préfère savoir ce qui nous attend avant de vous demander de partir là-bas à l’aveugle. Si mes éclaireurs reviennent, nous aurons peut-être une idée plus précise de ce qui se passe au domaine.
— Et si les nouvelles sont mauvaises ?
Urwin releva les yeux vers lui.
— Alors il faudra décider rapidement.
Orgrimm acquiesça lentement.
— Tu me tiens au courant.
— Dès que j’apprends quelque chose.
Puis Urwin reprit son travail comme si leur échange n’avait jamais eu lieu, laissant Orgrimm retourner auprès des autres avec une nouvelle raison d’attendre le lendemain matin avec impatience.
De retour à table, Orgrimm reprit sa place et se servit une nouvelle tranche de pain comme si de rien n’était. Il resta pourtant silencieux quelques instants, le temps de laisser Urwin s’éloigner et de s’assurer que personne autour d’eux ne prêtait une attention particulière à leur conversation.
Puis il posa ses coudes sur la table et regarda successivement Bélisar, Kathia, Yoolhyn et Ireena.
— Il faut que je vous parle de quelque chose.
Naëlia n’étant pas encore revenue, Orgrimm hésita brièvement avant de poursuivre. Il avait promis de garder la lettre secrète, mais la situation avait changé. Si le groupe voulait profiter de l’occasion offerte par le départ du baron, il fallait agir rapidement.
— Naëlia a trouvé une enveloppe ce matin. Quelqu’un l’avait glissée sous notre porte pendant la nuit.
Bélisar releva immédiatement la tête.
— Encore ?
— Oui. Et cette fois, il y avait un message à l’intérieur.
Orgrimm leur expliqua alors ce que contenait la lettre. Dans la matinée, Vargas Vallakovich devait quitter son manoir en compagnie de Lydia, d’Izek et de plusieurs gardes afin de parcourir Vallaki, contrôler les préparatifs du Festival du Soleil Ardent et se montrer auprès des habitants. À partir de dix heures, la demeure serait presque vide. Seuls deux domestiques et Victor Vallakovich devaient encore s’y trouver.
Kathia posa lentement sa tasse.
— Et qui nous donne cette information ?
Orgrimm n’eut pas besoin de répondre immédiatement. Le silence qui suivit suffit presque à donner la réponse.
— Fiona Wachter, finit-il par dire.
Bélisar fronça les sourcils.
— Elle ne perd pas de temps.
— Non, répondit Orgrimm. Et elle sait exactement quand frapper.
Yoolhyn se pencha légèrement vers la table.
— Elle veut surtout qu’on fouille le manoir à sa place.
— Peut-être, admit Orgrimm. Mais ça ne veut pas dire que l’information est mauvaise.
Il laissa passer quelques secondes avant de poursuivre.
— Si on veut chercher quelque chose là-bas, c’est probablement aujourd’hui qu’il faut le faire. Et je pense qu’on devrait envoyer ceux qui ont le plus de chances d’entrer et de ressortir sans se faire remarquer.
Son regard se posa sur Yoolhyn, puis sur la chaise vide de Naëlia.
— Toi et Naëlia.
Yoolhyn eut un léger sourire.
— Parce qu’on est les plus beaux ?
— Parce que vous êtes les plus discrets.
— Ah.
Kathia secoua la tête en souriant, tandis qu’Orgrimm poursuivait déjà son raisonnement.
— Vous entrez, vous cherchez ce qui peut nous aider à comprendre ce qui se passe dans cette maison, et surtout vous évitez de vous faire repérer. On ne sait pas ce que Victor fait là-haut, et je n’ai pas envie que vous transformiez ça en bataille rangée.
Yoolhyn acquiesça.
— Ça me va.
— On attend le retour de Naëlia, ajouta Bélisar. Ensuite vous partez dès que le baron et sa petite escorte auront quitté le manoir.
La première partie du plan était décidée. Restait à savoir ce que feraient les autres pendant ce temps.
Orgrimm se tourna alors vers Bélisar.
— Nous, on devrait aller voir les Vistani.
L’ambiance changea légèrement autour de la table.
Depuis la mort d’Arabelle, personne n’avait oublié la colère des hommes de son campement. Luvash avait perdu sa fille et, derrière son chagrin, la rage semblait prête à l’emporter. Les aventuriers avaient déjà vu suffisamment de tension dans les rues de Vallaki pour comprendre ce que provoquerait une confrontation entre les Vistani et les habitants de la ville.
Kathia hocha lentement la tête.
— J’y pensais aussi.
Ireena les regarda avec inquiétude.
— Vous croyez vraiment qu’ils vont attaquer Vallaki ?
— Je ne sais pas, répondit Bélisar. Mais je sais ce que j’ai vu.
Il reposa sa tasse.
— Luvash est fou de douleur. Ses hommes aussi. Et si quelqu’un leur donne une raison de croire que la ville est responsable de la mort d’Arabelle, ça peut dégénérer très vite.
Orgrimm acquiesça.
— Le festival est une cible évidente.
Kathia fronça les sourcils.
— Beaucoup de monde réuni au même endroit, les gardes occupés ailleurs, Vargas en pleine démonstration devant la population…
— Et des Vistani qui ont toutes les raisons du monde de le détester, ajouta Bélisar.
La possibilité d’un sabotage ou d’une attaque ouverte ne pouvait pas être écartée. Peut-être les Vistani ne préparaient-ils rien. Peut-être leur colère resterait-elle confinée au campement. Mais après tout ce qu’ils avaient vécu à Vallaki, aucun d’eux ne souhaitait attendre le festival pour découvrir la réponse.
Orgrimm résuma finalement leur décision.
— Donc voilà. Quand Naëlia revient, elle part avec Yoolhyn vers le manoir Vallakovich. Ils cherchent des preuves et ressortent sans faire de bruit.
Il désigna ensuite Bélisar, Kathia et Ireena.
— Nous quatre, on va au campement Vistani. On parle à Luvash, on essaie de comprendre ce qu’ils préparent et surtout de calmer le jeu avant que quelqu’un fasse quelque chose qu’il regrettera.
Bélisar acquiesça.
— Ça me paraît être le meilleur plan.
Kathia regarda autour de la table.
— Deux endroits où personne ne veut particulièrement nous voir arriver. Une matinée normale, finalement.
Cette fois, même Orgrimm ne put retenir un sourire.
Le plan était arrêté.
Il ne leur restait plus qu’à attendre le retour de Naëlia.