Chapitre 24 – Les secrets de Rictavio
Intriguée par le récit de Yoolhyn, Naëlia se rend seule au parc à bestiaux d’Arasek pour observer la roulotte de Rictavio. Des grognements, des coups violents et le bruit de griffes derrière les parois lui confirment qu’une imposante créature y est enfermée. Mais certains secrets sont peut-être plus sûrs lorsqu’on ne cherche pas à les dévoiler complètement.
Naëlia quitta l’Auberge de l’Eau Bleue.
Vallaki s’éveillait lentement sous un ciel gris. Dans les rues encore humides, quelques commerçants ouvraient leurs volets tandis que des habitants commençaient déjà à installer les dernières décorations du Festival du Soleil Ardent. Des soleils peints, des rubans détrempés et des guirlandes de fleurs artificielles apparaissaient à presque chaque coin de rue, donnant à la ville une gaieté forcée qui contrastait avec les visages fatigués de ceux qui les accrochaient.
Naëlia ne s’attarda pas.
Depuis que Yoolhyn leur avait raconté ce qu’il avait découvert la veille, son attention revenait sans cesse vers la roulotte de Rictavio. Le voleur avait parlé d’une créature enfermée à l’intérieur, de grattements contre les parois et de coups suffisamment puissants pour faire trembler tout le véhicule. Il n’avait pas tenté d’ouvrir les portes et, au fond, elle comprenait parfaitement pourquoi.
Rictavio lui-même restait une énigme.
Depuis leur arrivée à Vallaki, il s’était présenté comme un conteur voyageur, parfois extravagant, souvent aimable, toujours suffisamment habile pour détourner les conversations lorsqu’elles devenaient trop personnelles. Pourtant, un homme de spectacle n’avait aucune raison évidente de garder une créature assez imposante pour ébranler une roulotte enfermée derrière plusieurs verrous.
Naëlia voulait simplement savoir ce qu’il cachait.
Le parc à bestiaux d’Arasek se trouvait à l’autre extrémité de la ville. Lorsqu’elle atteignit les grandes palissades qui entouraient le terrain, l’endroit était déjà animé. Des animaux remuaient dans les enclos, plusieurs hommes transportaient des caisses entre les bâtiments et l’odeur de la paille mouillée se mêlait à celle du fumier et de la terre retournée.
Elle ralentit le pas.
La roulotte ne fut pas difficile à repérer.
Ses couleurs vives la faisaient ressortir au milieu des charrettes de travail et des bâtiments grossiers du parc. Des motifs peints décoraient encore ses flancs, rappelant davantage une troupe de spectacle qu’un véhicule destiné à transporter des marchandises. Elle correspondait parfaitement à la description de Yoolhyn.
Naëlia resta d’abord à distance.
Elle prit le temps d’observer les alentours et les mouvements des hommes travaillant dans le parc. Personne ne semblait particulièrement surveiller la roulotte, mais cela ne signifiait pas qu’elle pouvait s’en approcher ouvertement. Elle attendit qu’un petit groupe s’éloigne vers les enclos avant de contourner plusieurs chariots et de gagner lentement le côté du véhicule.
Pendant quelques instants, elle n’entendit rien.
Elle posa une main contre le bois peint.
Un grondement sourd retentit aussitôt de l’autre côté de la paroi.
Naëlia retira sa main.
Le bruit ne ressemblait ni à une voix humaine ni au grognement d’un chien. Il était plus grave, plus profond, avec quelque chose de presque vibrant qui semblait traverser le bois de la roulotte.

Elle attendit.
Un mouvement lourd se fit entendre à l’intérieur, suivi d’un frottement prolongé contre les planches. Puis quelque chose heurta brusquement la paroi.
La roulotte trembla légèrement.
Naëlia fit un pas en arrière.
Yoolhyn n’avait rien exagéré.
La créature enfermée là-dedans possédait une taille et une force considérables.
Elle longea lentement la roulotte jusqu’à ses portes arrière. Comme Yoolhyn l’avait décrit, elles étaient solidement fermées. Les verrous ne semblaient pas avoir été installés pour empêcher un voleur d’entrer, mais plutôt pour s’assurer que quelque chose ne puisse pas sortir.
Un nouveau grondement monta de l’intérieur.
Cette fois, Naëlia resta immobile et tendit l’oreille.
Le son fut suivi d’une série de respirations lourdes, puis d’un bruit de griffes raclant brièvement le plancher. Elle connaissait suffisamment les animaux pour reconnaître certains comportements. Il ne s’agissait pas d’une bête paniquée frappant aveuglément contre les murs. La créature semblait se déplacer dans un espace devenu trop étroit pour elle, revenant régulièrement contre les parois comme un prédateur enfermé dans une cage.
Naëlia s’accroupit près de la porte.
Une petite trappe avait été aménagée dans le bois.
Elle posa les doigts sur le bord.
Pendant plusieurs secondes, elle resta ainsi, partagée entre la curiosité et la prudence.
Il lui aurait suffi de soulever légèrement le panneau.
Quelques centimètres seulement.
Assez pour regarder à l’intérieur.
Un choc brutal contre la porte la fit aussitôt retirer sa main.
Le bois vibra sous l’impact.
Naëlia se redressa d’un bond.
De l’autre côté, un grondement beaucoup plus net s’éleva, grave et rauque. Cette fois, il ne lui restait presque plus de doute. La puissance du souffle, les griffes, les déplacements lourds et la manière dont l’animal réagissait à sa présence évoquaient un félin.
Mais certainement pas un chat ordinaire.
Ni même un animal que l’on aurait pu facilement tenir enfermé dans une simple cage.
Quelque chose de bien plus gros occupait cette roulotte.
Naëlia s’éloigna de quelques pas et observa de nouveau le véhicule.
Elle tenta d’imaginer ce que pouvait bien transporter Rictavio. Un lion ? Un tigre ? Une créature plus exotique encore ? Rien dans ce qu’elle avait entendu ne lui permettait d’en être certaine, mais elle était désormais convaincue d’une chose : il s’agissait d’un grand félin.
Et Rictavio le gardait caché.
La question était de savoir pourquoi.
Elle resta encore un long moment dans les environs.
Plutôt que de céder à l’envie d’ouvrir la trappe, elle préféra observer. Elle changea plusieurs fois de position, vérifia les abords de la roulotte et attendit de voir si quelqu’un venait s’en occuper. Peut-être Rictavio avait-il confié l’animal aux propriétaires du parc. Peut-être quelqu’un viendrait-il le nourrir ou vérifier les verrous.
Personne ne vint.
À plusieurs reprises, les grognements reprirent. Parfois accompagnés de coups, parfois simplement d’un déplacement lourd à l’intérieur. Chaque fois, Naëlia retrouvait cette même impression : l’animal n’était pas seulement imposant, il était nerveux.
Elle aurait pu tenter d’aller plus loin.
La petite trappe restait accessible et rien ne l’empêchait réellement de l’ouvrir.
Mais plus elle observait la roulotte, moins cette idée lui paraissait raisonnable.
Si elle se trompait sur la nature de la créature, elle risquait de libérer quelque chose qu’elle ne pourrait pas maîtriser. Et même s’il ne s’agissait que d’un grand félin, ouvrir la seule séparation entre elle et un animal enfermé depuis probablement plusieurs heures ne lui semblait pas être une expérience particulièrement intelligente.
Yoolhyn avait renoncé la veille.
Elle décida de faire de même.
Avant de repartir, Naëlia posa une dernière fois le regard sur la roulotte. Les peintures colorées qui recouvraient ses flancs lui paraissaient désormais presque trompeuses. Derrière cette apparence de véhicule de spectacle se cachait quelque chose que Rictavio n’avait jamais jugé utile de leur mentionner.
Et cela suffisait à renforcer sa méfiance.
Lorsqu’elle quitta le parc à bestiaux d’Arasek, près de deux heures s’étaient écoulées depuis son départ de l’auberge.
Le trajet du retour lui laissa le temps de repenser à ce qu’elle avait découvert.
Elle n’avait pas de preuve véritable.
Pas de visage aperçu derrière une trappe.
Pas de certitude absolue sur l’espèce de l’animal.
Seulement des sons, des mouvements et cette impression persistante d’avoir tourné autour d’un secret beaucoup plus important que prévu.
Lorsque l’Auberge de l’Eau Bleue apparut enfin au bout de la rue, il était presque neuf heures.
Naëlia poussa la porte et pénétra dans la salle commune.
Elle ignorait encore qu’en son absence, Rictavio était descendu de sa chambre.
Et que Yoolhyn s’apprêtait justement à obtenir certaines des réponses qu’elle était allée chercher.
***
Pendant que Naëlia poursuivait son exploration du parc à bestiaux d’Arasek, l’ambiance restait relativement calme dans la salle commune de l’Auberge de l’Eau Bleue.
Yoolhyn et Kathia étaient encore attablés avec les autres lorsqu’ils aperçurent Rictavio descendre l’escalier. Comme à son habitude, le conteur arborait cette allure théâtrale et détendue qui semblait ne jamais vraiment le quitter. Il salua quelques clients d’un signe de tête avant de se diriger vers une table libre.
Yoolhyn échangea aussitôt un regard avec Kathia.
— On y va ?
— Maintenant, répondit-elle.
Ils se levèrent tous les deux et rejoignirent Rictavio avant qu’il n’ait eu le temps de s’installer complètement.
— Bonjour, lança Kathia.
Rictavio releva les yeux vers eux.
— Voilà deux visages familiers de bon matin.
— On voulait vous parler, répondit Yoolhyn.
Rictavio les observa un instant, visiblement curieux, puis leur désigna les sièges devant lui.
— Eh bien, asseyez-vous. J’écoute.
La conversation commença de manière assez anodine. Kathia lui posa quelques questions sur Vallaki, sur ce qu’il pensait du festival et sur les tensions qui semblaient gagner la ville. Rictavio répondit avec son habituelle légèreté, glissant quelques plaisanteries entre deux remarques plus sérieuses.
Yoolhyn, lui, resta plus direct.
Il lui parla de certaines choses qu’il avait remarquées depuis leur arrivée à Vallaki, de la facilité avec laquelle les apparences pouvaient être trompeuses et des secrets que chacun semblait soigneusement garder pour lui.
Au début, Rictavio répondit sur le même ton que d’habitude. Mais au fil des minutes, quelque chose changea dans son attitude.
Son attention se porta de plus en plus souvent sur Yoolhyn.
Ses réponses devinrent plus courtes, ses plaisanteries moins nombreuses. Il observait désormais le voleur avec une curiosité beaucoup plus marquée, comme s’il cherchait à comprendre exactement à qui il avait affaire.
Kathia finit par remarquer ce changement.
— J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? demanda-t-elle.
Rictavio esquissa un sourire.
— Pas du tout.
Puis son regard revint vers Yoolhyn.
— En revanche, votre ami m’intéresse.
Yoolhyn haussa un sourcil.
— Je dois m’inquiéter ?
— Pas encore.
Rictavio resta silencieux quelques secondes avant de reprendre.
— J’aimerais discuter avec vous en privé.
Kathia tourna aussitôt la tête vers lui.
— Avec lui seulement ?
— Avec lui seulement !
Il n’y avait rien d’agressif dans son ton, mais cette fois, aucune légèreté non plus. Rictavio semblait avoir pris une décision.
Yoolhyn regarda Kathia, puis revint vers le conteur.
— Où ça ?
— Dans ma chambre. Nous serons plus tranquilles.
Kathia croisa les bras.
— Et pourquoi je ne peux pas venir ?
Rictavio lui adressa un sourire poli.
— Parce que la conversation que je souhaite avoir ne concerne que lui.
Kathia ne parut guère convaincue, mais elle ne chercha pas à insister davantage. Elle connaissait suffisamment Yoolhyn pour savoir qu’il refuserait s’il estimait la situation dangereuse.
Yoolhyn finit par se lever.
— Très bien.
Rictavio fit de même.
— Après vous.
Tous deux prirent la direction de l’escalier. Kathia les suivit du regard jusqu’à ce qu’ils disparaissent à l’étage, puis elle resta encore quelques secondes immobile avant de retourner vers la table du groupe.
— Alors ? demanda Bélisar en la voyant revenir seule.
Kathia reprit sa place.
— Rictavio voulait parler à Yoolhyn.
Orgrimm leva les yeux.
— Et toi ?
— Moi, apparemment, je gênais.
Elle attrapa sa tasse et ajouta :
— Donc maintenant, on attend de voir si Yoolhyn redescend avec des réponses… ou avec encore plus de questions.
La matinée suivait son cours dans la salle commune de l’Auberge de l’Eau Bleue. Des clients entraient, d’autres quittaient les lieux après avoir terminé leur repas, et Danika circulait entre les tables pendant qu’Urwin s’affairait derrière son comptoir. À la table des aventuriers, l’absence de Yoolhyn commençait à se faire remarquer, mais personne ne semblait encore réellement inquiet. Rictavio pouvait être bavard lorsqu’il le souhaitait, et une conversation privée avec lui pouvait facilement s’éterniser.
La porte de l’auberge s’ouvrit finalement sur deux silhouettes en uniforme.
Izek Strazni entra le premier, accompagné d’un garde de Vallaki.
Quelques regards se tournèrent immédiatement vers eux. La présence du bras droit du baron suffisait généralement à attirer l’attention, mais Izek ne sembla pas s’en apercevoir. Son regard parcourut rapidement la salle jusqu’à ce qu’il trouve la table occupée par les aventuriers.
Il commença à avancer dans leur direction.
Puis il vit Ireena.
Izek s’arrêta net.
Le changement fut si brutal que le garde qui le suivait manqua presque de lui rentrer dedans. Izek resta immobile au milieu de la salle, les yeux fixés sur la jeune femme, comme si tout ce qui l’entourait venait soudainement de disparaître.
Ireena remarqua rapidement son insistance. D’abord simplement intriguée, elle cessa peu à peu de sourire et soutint son regard avec une incompréhension croissante.
Izek ne disait toujours rien.
Il la contemplait avec une expression difficile à interpréter. Ce n’était pas simplement de la surprise. Son visage avait perdu sa dureté habituelle et quelque chose de presque irréel traversait ses traits, comme s’il venait de reconnaître quelqu’un qu’il n’aurait jamais dû revoir.
À côté de lui, le garde finit par tourner la tête vers son supérieur.
— Izek ?
Aucune réponse.
Le garde lui donna finalement un léger coup de coude.
Izek cligna des yeux, mais son regard revint immédiatement vers Ireena.
Bélisar posa alors sa tasse sur la table.
— Qu’est-ce qui se passe, Izek ?
Cette fois, l’homme sembla reprendre conscience de l’endroit où il se trouvait.
Il détourna enfin les yeux d’Ireena, porta une main à l’intérieur de son manteau et en sortit une enveloppe soigneusement fermée.
— Le baron m’a demandé de vous remettre ceci.
Il tendit le courrier à Bélisar, mais son attention revenait sans cesse vers Ireena malgré lui.
Ireena finit par croiser les bras.
— Est-ce que j’ai quelque chose sur le visage ?
Izek ouvrit la bouche, comme s’il allait répondre.
Aucun mot ne vint.
Son expression resta figée entre le trouble, la stupeur et une étrange forme de reconnaissance. Ireena échangea un regard avec Kathia, de plus en plus mal à l’aise devant cette inspection silencieuse.
Orgrimm suivait la scène avec attention.
— Tu la connais ? demanda-t-il.
Izek ne répondit toujours pas.
Pendant quelques secondes encore, il sembla incapable de détacher son regard d’elle. Puis, comme s’il réalisait enfin à quel point son comportement devenait étrange, il recula d’un pas.
— Non.
Le mot était sorti trop rapidement.
Le garde qui l’accompagnait le regarda à son tour, visiblement aussi surpris que les aventuriers.
Izek n’ajouta rien. Il fit brusquement demi-tour et reprit la direction de la sortie. Le garde hésita une seconde, adressa un regard embarrassé au groupe, puis se dépêcha de le suivre.
La porte se referma derrière eux.
Un silence resta suspendu autour de la table.
Ireena fut la première à parler.
— Quelqu’un veut m’expliquer ce qui vient de se passer ?
Bélisar regarda encore quelques instants la porte.
— J’aimerais bien le savoir.
Kathia fronça les sourcils.
— Il t’a regardée comme s’il venait de voir une morte revenir à la vie.
Ireena ne sembla pas particulièrement rassurée par cette remarque.
— Merci, Kathia.
— Je ne dis pas que c’est ce qui s’est passé.
— Ça ne rend pas la comparaison meilleure.
Orgrimm, lui, n’avait pas quitté la porte des yeux.
— Ce type n’avait pas l’air de faire semblant.
Bélisar posa finalement l’enveloppe au centre de la table.
— On s’occupera d’Izek plus tard. Voyons déjà ce que Vargas nous veut.
Il brisa le sceau et en sortit plusieurs feuilles soigneusement écrites.
Après quelques lignes, son expression changea.
— C’est le discours.
Kathia se pencha au-dessus de la table.
— Quel discours ?
— Celui qu’on est censés lire pendant le festival.
Orgrimm releva la tête.
— Il l’a déjà écrit pour nous ?
— Apparemment.
Bélisar déplia complètement les feuilles et les posa entre eux afin que chacun puisse les lire.
Le discours préparé par Vargas présentait les aventuriers comme des héros revenus des routes dangereuses de Barovie pour témoigner qu’à Vallaki subsistaient encore l’espoir et la sécurité. Il insistait sur le courage du peuple, sur l’idée que la joie était plus forte que la peur, tout en glissant des mises en garde contre ceux qui semaient le doute, les opposants et ceux qui campaient aux portes de la ville. Le tout se terminait par un appel à célébrer, chanter et rire, avant de conclure par : « Vive Vallaki ! Vive le Baron Vargas Vallakovich ! Et surtout… TOUT IRA BIEN ! »
À mesure qu’ils avançaient dans leur lecture, les réactions autour de la table se firent de moins en moins enthousiastes.
Kathia releva les yeux.
— Il veut qu’on dise ça ?
— Il veut surtout qu’on dise que Vallaki est parfaitement sûre grâce à lui, répondit Bélisar.
Orgrimm eut un petit rire sans joie.
— Après les vampires dans la fabrique de cercueils.
— Et les disparitions, ajouta Ireena.
— Et les gens enfermés sur la place publique, compléta Kathia.
Bélisar poursuivit sa lecture jusqu’au bout avant de reposer les feuilles.
— Il ne nous demande pas de raconter ce qui s’est passé. Il nous demande de raconter sa version de ce qui s’est passé.
Le discours resta sur la table pendant un long moment.
Ils le relurent, commentèrent certains passages et discutèrent de ce qu’ils accepteraient réellement de prononcer devant la population. Certaines formulations leur paraissaient exagérées, d’autres franchement mensongères, et personne n’avait l’intention de servir docilement la propagande du baron sans au moins y apporter quelques modifications.
Le temps continua de s’écouler dans la salle commune.
Rictavio et Yoolhyn ne redescendaient toujours pas.
Lorsqu’enfin la porte de l’auberge s’ouvrit de nouveau, ce fut Naëlia qui apparut.
Elle entra dans la salle après sa longue absence et repéra immédiatement ses compagnons toujours réunis autour de la même table. Plusieurs feuilles étaient étalées devant eux et leur petit déjeuner avait depuis longtemps laissé place à des tasses presque vides.
Naëlia les rejoignit.
— J’ai raté quelque chose ?
Kathia leva les yeux vers elle.
— Tu veux la version courte ou la version longue ?
Naëlia tira une chaise.
— Commence par la courte.
Orgrimm désigna les feuilles posées devant Bélisar.
— Vargas nous a envoyé le discours qu’on doit lire au festival.
Puis il désigna l’escalier.
— Et Yoolhyn est toujours là-haut avec Rictavio.
Naëlia suivit son regard vers l’étage.
Après ce qu’elle venait de découvrir au parc à bestiaux d’Arasek, cette information prit immédiatement une toute autre importance.